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L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 1)

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https://doi.org/10.11588/diglit.25869#0132

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L’EXPOSITION RÉTROSPECTIVE D’OBJETS D’ART FRANÇAIS

AU PALAIS DU TROCADÉRO'

(fin)

IV

Nous étonnerons cer-
tainement bien des gens
en alléguant, malgré toutes
les apparences, qu’on ren-
contre plus de difficultés
à rassembler des docu-
ments intéressants sur les
bibelots des xvne et xvnie
siècles que sur les curio-
sités des temps antérieurs ;
c’est pourtant l’expression
de la pure vérité, et la ra-
reté relative des travaux
sur l’art de cette période
prouve amplement que là
se trouve la pierre d’achop-
pement des archéologues,
et la nôtre également, nous
l’avouons sans fausse
honte. Réfléchissez un
moment : à part les faïences et les porcelaines, quelles
pièces reste-t-il pour composer une exposition touchant
les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ? Des
meubles pour les neuf dixièmes, l’autre fraction comprenant
quelques sculptures, un peu d’argenterie très clairsemée,
et ces jolis petits riens si charmants dont raffolaient les
élégants sous Louis le Bien-Aimé : étuis, bonbonnières,
nécessaires, éventails, etc. Croyez-vous que les renseigne-
ments pullulent sur un bonheur-du-jour, par exemple,
fût-il de l’essence la plus précieuse qui ait jamais germé
sous le ciel bleu des tropiques, ou sur une paire de chenets
de bronze, fussent-ils ciselés comme de l’or?

Cent ans ne suffisent pas à constituer une histoire à un
objet dont quelquefois on connaît bien la liste des pro-
priétaires successifs, mais dont presque régulièrement on
ignore le nom de l’auteur ; car, encore à une époque aussi
rapprochée de nous, les artistes s’obstinent à garder l’in-
cognito, sauf pour les morceaux exceptionnels ; mais
comme on les excuse, quand on remarque la hâte avec
laquelle on se débarrassait de son mobilier, dès qu’une
mode nouvelle surgissait : c’est comme pour les vête-
ments aujourd’hui, il fallait être meublé à la dernière
mode : le style Régence renverse le style Louis XIV, pour
être à son tour culbuté par le style Rocaille que démolit
ensuite la faveur rendue aux formes antiques à la fin du
règne de Louis XV et sous Louis XVI. A quoi bon signer
dans ces conditions ? Les contemporains n’oublient pas le
chemin du tapissier en vogue. Quant à leurs descendants,
leurs goûts auront changé, et les rares épaves du passé
seront pour eux autant de non-valeurs qu’ils laisseront
manger aux vers !

i. Voir l’Art, i5” année, tome II, pages 67 et 125.

Si nous avons mis de côté la céramique dans nos
plaintes sur la pénurie de documents historiques, c’est
que les chercheurs, bredouilles pour le reste, se sont rattra-
pés sur elle et sont à peu près parvenus à en tirer au clair
les diverses évolutions au cours de ces deux derniers
siècles si rebelles aux indiscrets. Aussi en ferons-nous
notre début, en vertu de l’adage : ce que je sais le mieux,
c’est mon commencement.

Comme faïences, le Trocadéro avait le bonheur de comp-
ter deux spécimens d’une des fabriques les plus anciennes et
les plus ignorées de France, celle de Lyon. Ce sont deux
vases ovoïdes, à M. du Sartel, de la fin du xvne siècle,
réunissant tous les caractères des plats du même atelier,
exposés au Musée du Louvre. Les sujets en sont des tri-
tons, des dieux marins et différents personnages, pris à
droite et à gauche, sur des estampes, juxtaposés au hasard
sur un fond bleu ondé et reflétant la plus pure manière
italienne, comme ceux du Louvre d’ailleurs qui, sans leutrs
légendes françaises, seraient allés accroître, à tort, le
bagage déjà si gros de l’Italie.

Piccolpasso cite ces poteries en i5q8 à propos des
alluvions du Rhône qu’on y emploie; puis c’est un certain
Sébastien Griffo, potier, qui en 1 5 55 sollicite l’autorisa-
tion de s’établir à Lyon; enfin un Jehan Francisque, de
Pesaro, qui se dit établi dans la ville depuis plus de vingt
ans et s’oppose à la création d’une fabrique rivale que
désiraient fonder un de ses ouvriers, Julien Gambyn, et
un autre faïencier, Dominique Tardessir, tous deux de
Faenza; relativement à ces derniers il y a obscurité, la
charte qui s’y rapporte n’étant pas datée, d’où impossi-
bilité de savoir exactement le point de départ des vingt
années de séjour de Jehan Francisque. Il serait hors de
propos de reprendre ici la discussion à laquelle cette fabri-
que a donné lieu entre M. Darcel et le comte de La Fer-
rière-Percy : ce qui est acquis au débat en tous les cas,
c’est qu’on faisait de la céramique à Lyon sous Flenri II.

A quelle époque se placent les premiers pas des faïen-
ciers de Rouen, ville qu’on regarde en général comme le
berceau de la céramique d’art en France : un fragment
des pavages du château d’Écouen, du Musée céramique de
Rouen, au chiffre du connétable de Montmorency, porte
la date de 1542.

M. A. Pottier estime que leur auteur est un certain
Abaquesne qu’il a trouvé cité dans la Chronique roueh-
naise de 1549 ; ces essais seraient donc de la fin du règne de
François Ier. Si nous passons à Nevers, les plus anciennes
dates nous reportent à trente ans plus tard au moins, en
1578, où Henri III accorde des lettres de naturalisation à
Dominique de Conrade, potier, et à un Scipion Garnbin,
également potier, qui figure comme parrain en tSga.
Comme troisième point de comparaison, si nous prenons
les deux gourdes en faience de Nîmes, de la salle de la
Renaissance, nous voyons sur l’une d’elles le millésime de
i58i, et leur caractère franchement italien n’autorise pas à

Vase

en ancienne porcelaine tendre
de Sèvres de l’époque Louis XV,
appartenant à Mlle Grandjean.
Dessin de J. Hugard.
(Exposition Universelle de 1889.)
(Section rétrospective d’objets d’art
français.)
 
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