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L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 1)

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https://doi.org/10.11588/diglit.25869#0226

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L’ORFEVRERIE CIVILE A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889. 2o5

d’élégance. On comprend, en l’écoutant, qu’on est en pré-
sence d’un homme habitué aux plus hautes méditations,
d’un esprit clair qui ne se paye pas de mots, mais de rai-
sons solides, et l’on éprouve cette joie intellectuelle que
donne la vérité quand elle se révèle à nos yeux lumineuse,
indubitable, bien vêtue plutôt que parée. La critique, ainsi
comprise, n’est pas seulement un plaisir offert aux déli-
cats, elle éclaire les artistes eux-mêmes et elle les guide. Si
l’exécution est l’œuvre propre de l’artiste, la conception
du sujet dépend de son éducation et de ses idées; il importe
donc qu’il voie clair lui aussi, qu’il sache bien ce qu’il
veut, où il va, et à quelles conditions il atteindra son but.
Les naturalistes contemporains ont marché dans la nuit et
au hasard, et ils ont fait une œuvre, détestable quant à la
morale, et très mêlée quant à la littérature. Ils ont été, sans
le vouloir, ce qu’ils se défendaient surtout d’être, c’est-à-

dire des romantiques. L’avertissement, pourtant, leur est
arrivé et assez tôt, mais ils n’ont pas voulu l’écouter, parce
que la critique d’aujourd’hui ne s’entend plus guère qu’à
développer chez l’artiste une infatuation qui confine à la
démence. Le faux naturalisme touche à sa fin et le temps
est peut-être venu de lui substituer autre chose, d’imiter,
en effet, la nature, mais telle qu’elle est, avec ses beautés et
ses imperfections. Si les jeunes gens, en quête du nouveau,
étaient soucieux de s’y essayer, ils trouveraient en
M. Brunetière un guide sûr, le critique enfin qui les
aiderait « à réparer» la langue, la raison, la bonne renom-
mée françaises, compromises dans maintes aventures
fâcheuses, et ce serait là un profit pour eux et une joie
pour tous les honnêtes gens. Il nous semble que la chose
vaut la peine d’être tentée.

F. Lekranc.

Je ne voudrais pas être morose jusqu’à la fin et laisser
le lecteur sur une mauvaise impression. Certes, comme je
l’ai déjà dit, l’imitation de l’ancien nous déborde, nous
paralyse, nous rend impuissants ; mais il faut se hâter
de le dire, heureusement cette préoccupation de copier
les motifs à la mode n’est pas générale ; il est de par le
monde des orfèvres qui cherchent autre chose, qui parfois
trouvent et, quels que soient les résultats de leurs
recherches, qu’ils montrent quelques défauts à côté de
qualités réelles et solides, ceux-là sont dignes de tous les
encouragements et nul 11e doit leur marchander les éloges;
il y a quelque danger à se montrer original ; bien plus com-
mode assurément est de s’endormir dans une douce
quiétude en se disant qu’après tout, si l’on est inférieur à
ses devanciers — et cette comparaison doit venir à l’esprit
de tout orfèvre tant soit peu amoureux de son art — il est
des compensations de par ce bas monde , si un objet est
de vente, comme on dit vulgairement, à quoi bon se
creuser la tête à chercher quelque chose de nouveau d’un
succès moins sûr, d’un écoulement fort chanceux ? Il est
1. Voir l’Art, 16e année, tome Ior. page 145.

Tome XLVII.

fort heureusement des orfèvres, à Paris et ailleurs, qui 11e
raisonnent pas ainsi, qui cherchent du nouveau ou qui du
moins cherchent à infuser un sang nouveau à notre argen-
terie dégénérée. De ce nombre est certainement Froment-
Meurice qui, d’après un modèle du sculpteur Allai', vient
d’exécuter une très belle œuvre d’orfèvrerie, une coupe
monumentale d’une bonne composition et d’une allure tout
à fait originale. Ce monument est en même temps une
bonne œuvre, ce qui ne gâte rien ; exécutée aux frais de
plus de onze mille souscripteurs, tous employés du che-
min de fer du Nord, pour être offerte en souvenir à
M. Mathias, chef de l’exploitation de cette ligne, elle a été
donnée à la veuve de ce dernier, comme un touchant
témoignage de reconnaissance et de respect pour le sou-
venir d’un homme qui avait su se faire aimer de tous dans
ses difficiles fonctions. Dans cette œuvre magistrale, le
sculpteur a cherché à représenter au moyen de quatre
figures symboliques, deux d’homme et deux de femme,
d’une exécution charmante, le commerce et l’industrie
modernes. C’est un sujet qui a été maintes fois traité, un
thème banal dont il était difficile de tirer parti ; on voit

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