L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 1)

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L’ART.

Son paysage le Buisson est empreint de la mélancolie
propre à ces régions du Nord, où les lignes s’estompent
sans mollesse sous une brume légère, où les colorations
sont assourdies par l'humidité de l’atmosphère tout en
restant vigoureuses. Son paysage le Coup de soleil a la
variété et le mouvement d’une vaste étendue de terrains
accidentés qu’éclaire la lumière diffuse, et dont les traces
du passé ou des luttes récentes ne parviennent pas à
assombrir l’aspect. Ruisdael s’inspirait uniquement de la
réalité perceptible et tangible; mais il en sentait profon-
dément la poésie, car, en dépit des théories académiques,

la réalité et la poésie sont loin d’être incompatibles, et,
par là, il a été le plus éminent des paysagistes hollandais
en même temps que le grand initiateur du paysage mo-
derne. Hobbema lui-même, qui avait un si vif sentiment
de la nature champêtre, qui dans la reproduction des
prairies et des bois, des chaumières et des moulins, des
eaux courantes ou stagnantes, a montré tant de précision,
de fermeté et de vigueur, est, au point de vue de l’interpré-
tation poétique, inférieur à Ruisdael.

Les tendances intellectuelles, morales et sociales des
classes éclairées, les circonstances politiques avaient favo-

La Lettre.

Tableau de Gérard Ter Borch. — (Collection de M. le comte Henri Grcffulhe.)

risé le développement de l’art en Hollande durant les deux
premiers tiers du xvne siècle. Les riches bourgeois étaient
fréquemment en relation avec les artistes, ils aimaient les
tableaux, ils en achetaient, en commandaient et en for-
maient de précieuses collections. Ils appartenaient pour
la plupart à l'oligarchie municipale qui défendait les
libertés et privilèges des Etats contre les entreprises du
stathoudéiat. Guillaume II, fils et successeur de Frédéric-
Henri de Nassau, était mort en i65o, laissant un fils
posthume dont l’éducation avait été confiée aux soins de
Jean de Witt, grand pensionnaire de Hollande. Celui-ci,
chargé de diriger les affaires des Provinces-Unies, préoc-
cupé sans doute de l’ambition naissante de son pupille,

avait fait adopter en 1667, par l’Assemblée générale des
États, sous le nom d'édit perpétuel, une résolution abo-
lissant le stathoudérat et en interdisant à jamais le réta-
blissement.

Jean de Witt avait gardé le pouvoir pendant quelques
années et préservé les Provinces-Unies des dangers exté-
térieurs qui les menaçaient. Mais, en 1672, les troupes de
Louis XIV ayant envahi le territoire de la République, la
majorité de la population crut n’avoir de salut possible
que dans l’institution d’une autorité dictatoriale; elle abro-
gea Médit perpétuel et nomma stathouder le jeune Guil-
laume III qui était déjà capitaine et amiral général.
Quelque temps après l’élévation de ce prince au pouvoir,
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