Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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LA MISE AU TOMBEAU DU TITIEN.

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la révocation de l’édit de Nantes, il est né à Amsterdam en 1806. Le roi
Louis avait transporté en Hollande plus d’une institution française, et no-
tamment celle des prix aux jeunesartistes. Ils ne disparurent pas avec son
règne, et M. de Mare obtint le grand prix de gravure et la pension en 1829.
Il fut même alors question de le mettre à la tête de l’Ecole de gravure d’Am-
sterdam à la place de M. Taurel; sa jeunesse seule fut un obstacle, et il
vint alors à Paris, où il passa deux ans à l’atelier de M. Ingres, à côté de
Flandrin, d’Amaury Duval, d’Henriquel Dupont. C’est même de cette
époque que date le dessin de la Mise au tombeau 1 qu’il devait graver
plus tard.

Il serait trop long d’entrer dans le détail de son œuvre, mais il faut
dire au moins qu’à partir de 18/ii M. de Mare fut quelques années
directeur de l’École de gravure de La Haye, et que deux de ses œuvres
les plus connues sont des planches d’après les deux jolies scènes fami-
lières de Jean Steen au Musée d’Amsterdam, la Cage de perroquet et la
Fêle de saint Nicolas. A l’heure qu’il est, il termine un grand burin du
tableau de Rembrandt que l’on est bien forcé, tant le nom est popu-
laire, de continuer à nommer la Ronde de nuit. Ce sera le couronnement
de la vie de M. de Mare, et l’on voit qu’il continue à être tenté par les
coloristes.

11 l’est dans la Mise au tombeau et, dans sa lutte avec ce maître de
la couleur, il le traduit avec autant de science que de bonheur. L’effet
général et la valeur des tons sont saisis. C’est bien autour du point
central du linceul blanc accompagné des chairs du Christ, aussi pâles
dans les parties éclairées que dans celles plongées dans l’ombre, que
s’établissent comme un cadre et contrastent entre eux les vêtements
éclatants ou sombres. Les chairs des deux porteurs sont vigoureuses;
les têtes, qui donnent la note passionnée de l’expression, et les cheve-
lures, courtes ou luxuriantes, qui ajoutent les vigueurs et les accents pit-
toresques, sont à leur place et à leur valeur. Au lieu des chairs molles
et rondes de Rousselet, la variété des travaux différencie les âges comme
les natures, et de fermes dessous traduisent avec justesse et fermeté le
modelé des chairs et des traits. Cela est dessiné d’une façon aussi serrée
que vive, et, en gardant la généralité de l’effet d'ensemble, entre dans
le détail et dans les différences de l’exécution. Il y a peut-être quelques
parties de travaux trop reprises et en quelque sorte trop consciencieuses
et trop appuyées, mais l’ensemble reste franc, juste, vif et très-coloré.

L II a été acheté par M. Rotham, frère du Général des Jésuites, qui l’a prêté à l’au-
teur pour son travail.
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