Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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DIAZ.

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que Ton comprendra, inquiétude d’autant pins réelle qu’il m’est impos-
sible de passer en revue les tableaux du célèbre paysagiste. Je me perdrais
dans cette galerie si longue et je fatiguerais mes lecteurs. Il me faut
esquisser une vue d’ensemble.

Narcisse-Virgile Diaz de la Pena naquit le 20 août 1807, à Bordeaux.
C’est à la politique que la France doit cette gloire. — Thomas Diaz de la
Pena, bourgeois de Salamanque, chassé d’Espagne par Joseph Bonaparte,
contre lequel il avait conspiré, vint avec son épouse se réfugier à Bor-
deaux. Ne se sentant pas suffisamment en sécurité sur le sol français,
il passa en Angleterre, abandonnant sa femme, qui venait de mettre un
fils au monde. Peu de temps après il mourait. Mme Diaz, privée de res-
sources, vint à Paris, où elle essaya de vivre en donnant des leçons
d’espagnol et d’italien, mais le malheur s’acharnait sur cette famille. A
peine âgé de dix ans, Diaz, le futur peintre, se trouvait seul, sans père
ni mère, livré au hasard dans la grande ville. Un pasteur protestant qui
habitait Bellevue le recueillit. Pendant le temps que dura cette hospita-
lité, l’orphelin fut victime d’un accident terrible : un jour, il fut piqué à
la jambe par une mouche ; le mal jugé sans importance fut soigné sans
sollicitude; peu à peu l’enfant l’envenima avec ses ongles; la gangrène
s’étant déclarée, deux amputations successives furent ordonnées, et l’in-
fortuné Diaz sortit de l’hôpital à jamais mutilé et condamné pour la vie
à se servir de cette jambe de bois que dans sa bonne humeur il appelait
plus tard gaiement son pilon !

A quinze ans, celui qui devait être le poète des grands bois baignés
d’ombre et des cimes noyées de lumière dut songer à gagner le pain
quotidien. Il fut placé chez un fabricant de porcelaines nommé Cabanel,
non en qualité de peintre apprenti, comme on l’a dit souvent, mais bien
comme simple garçon de magasin. 11 allait, commissionnaire boiteux,
faire les courses dont le chargeait son patron, dévorant sans doute les
révoltes de cette fierté espagnole qu’il parvenait à dompter, mais qu’il
ne put jamais arracher de son cœur. Au milieu de ses occupations ser-
viles, il essaya un jour d’imiter ce qu’il voyait faire autour de lui : il
prit un pinceau et coloria des fleurs sur un fragment de porcelaine.
Était-ce un caprice d’enfant, un amusement d’une heure, ou bien le
premier et inconscient éveil d’un talent qui devait se révéler bien plus
tard, nous ne saurions le dire ; toujours est-il que ces essais furent
remarqués par le maître de l’établissement, et que le jeune Diaz passa
du magasin dans l’atelier. Il y resta de longues années, satisfait tout
d’abord de sa situation qui, quoique bien modeste encore, s’était, du
moins, sensiblement améliorée. Un pas immense avait été franchi en
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