Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

allez donc la gaieté! L’or et le plomb, l’argent et le zinc se confondent
dans la chaudière où bout mêlé d’écumes, de gangues diverses, le mi-
nerai de l’art nouveau.

Les sentimentaux ont été plus heureux que les comiques. La jeune
Alsacienne de M. Jundt est venue, selon l’habitude, au rendez-vous,
songeuse, émue, au milieu des herbes des prés, à demi noyée par la
vapeur du matin, toujours simple dans sa jupe bleue, toujours peinte
avec cette harmonie aimable et ces tons à lui propres qui mettent le
peintre parmi les artistes qu’il faut grandement estimer. JNon loin d’elle
se tient la Modiste rêveuse, amie de la nature et vêtue de noir, dont
M. Feyen-Perrin aime, tous les deux ans, à exprimer lès sensations. A
leur rencontre, s’avance la canéphore de M. Breton ; elle a remplacé la
corbeille sacrée par une botte de paille. Antique par le buste et les bras,
à peu près paysanne par la tête et les jambes, telle est la Glaneuse
revue et corrigée que depuis bien longtemps, de son côté, il fait rentrer
le soir sous la grisaille de l’ombre, alors que la nuit va tomber. Une sorte
de grisaille en effet ! Grisaille sans reliefs, très-plate et qui favorise par
conséquent l’alliance impossible d’une statue avec une figure réelle. Le
très-haut talent de l’auteur, sa connaissance achevée des beaux
contours n’ont pu faire qu’il réussît cette alliance impossible; l’œuvre
reste incertaine comme dessin, comme couleur et comme signification.
Cette fois, la statue de la Glaneuse semble avoir été dressée sur son
piédestal, en réponse à la Pêcheuse que M. Vollon a exposée en 1876,
et vouloir montrer une sorte de canon régulier, hiératique au besoin, de
la paysanne, opposé aux libertés que l’on pourrait prendre de côté ou
d’autre avec celle-ci. 11 faut cependant prendre parti entre jadis et à
présent. Et puis Millet n’a-t-il pas emporté dans sa tombe le grand
secret des paysans?

Le charme d’un sentiment profond planant sur la vie paysanne, sur
les champs et les bois, l’expression de l’homme et de la nature associés
ensemble dans le labeur, dans la peine, dans le gris du temps et de la vie,
deux toiles, intéressantes càun haut point, et qu’on a placées au secondrang,
les recèlent doux, intenses, sincères, tout attendris. C’est le Bèbardage de
M. Mauve : un terrain à peine accidenté, des troncs d’arbres sur le sol,
des chevaux qui vont les emporter, des bûcherons et des charretiers voilés
par la brume de la forêt, dont la lisière s’entrevoit; le ciel nuageux,
humide, froid et blanc, pas autre chose, et fait de rien, et l’on est enlevé
du Salon et l’on est transporté en pleine sensation de novembre, au
milieu d’un bois que les coupes ont éclairci. C’est la Charrue de
M. Maris, où la peinture est appuyée davantage. Ici, le crépuscule
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