Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

des coteaux pareils à un plum-pudding. Les formes de la terre, plantu-
reuses ou sèches, vigoureuses ou chetives, sont la piincipale souice des
impressions fortes que peut nous donner le paysage; la couleur chan-
geante des heures du jour représente la mobilité, l’animation de la
physionomie terrestre, les émotions passagères qui l’agitent, mais son
caractère, son tempérament résident dans sa structure, non une générale
et simple charpente de dessous comme l’ossature et la musculature du
corps humain, mais la structure locale, variée et accentuée par la chair
géologique et botanique, si l’on peut dire ainsi.

Le bienfait du paysage familier a été de rapprocher la terre de nous,
de nous unir à elle, de mettre en communion avec elle nos maisons, nos
villages, nos vêtements, nos figures. C’est par là, c’est par le paysage,
que peu à peu le monde moderne a été amené sur la scène. Quand nos
yeux, jusqu’alors académiques, remplis de personnages mythologiques,
antiques et historiques (terribles terminaisons lorsqu’on les entasse
l’une sur l’autre !), se furent apprivoisés peu à peu avec la fumée de la
chaumière cachée dans un large pli de terrain bien étoffé, puis avec la
chaumière elle-même apparaissant au coin d’une haie, plus tard avec le
village tout entier au bord de la route, avec le paysan, la charrue, les
bœufs, les blés qu’on fauche, la charrette et le vieux cheval, il est de-
venu possible ensuite de mettre sous ces yeux désacadémisés, l’homme
en redingote, le logis de cet homme, la ville et les rues où cet homme
s’agite, l’omnibus où il monte, les boutiques où il amasse ses provisions.
C’est grâce à l’affranchissement du paysage, à sa révolte selon quelques-
uns, que nous aurons peut-être, un art national, indigène ainsi que
l’appelait un de nos critiques. Un tel résultat, qu’on le combatte ou qu’on
y pousse, a quelque importance, avouons-le, et le bourgeois qui prône
ici l’art nouveau savait, avant de commencer ses antiennes, peut-être im-
patientantes pour certains esprits, que la question était aussi large, aussi
palpitante que toutes les grandes questions de science, de philosophie,
actuellement en débat.

Et puisque nous sommes à la campagne, qu’on nous permette de
n’y point faire une hiérarchique distribution de bons points, mais d’aller
à notre guise, en naturaliste.

Les formes caractéristiques de la terre, où nous les voyons saisies
d une main qui serre bien, c’est chez deux artistes peu connus : l’un tout
jeune, M. Paul Roux, l’autre âgé déjà et qui a usé bien du temps en
efforts et en essais, M. J. Desbrosses. Qui se serait douté que la colline
d Orgemont, à deux pas de Paris, montrerait des lignes, des étages de
tenains, secs et souples à la fois, s’élevant par une ondulation ample et
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