Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

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LA RENAISSANCE A LA COUR DES PAPES1

II.

LES COLLECTIONS DU CARDINAL PIERRE BARRO

(PAUL II)

e palais de Saint-Marc de Rome (aujourd'hui appelé le palais de Venise)
abritait, vers le milieu du xve siècl >, le musée le plus riche qu’un parti-
culier eût encore formé. Le monde antique y était représenté par des
productions aussi rares que précieuses : gemmes, camées, bronzes,
médailles s’y comptaient par centaines. L’Orient avait fourni de longues séries de
tableaux à fond d’or, de mosaïques portatives, de reliquaires, d’ivoires, de vêtements
sacerdotaux couverts des dessins les plus délicats. Un superbe choix de tentures his-
toriées soutenait dignement l’antique réputation des Flandres. A ces œuvres si
diverses, auxquelles leur âge ou leur provenance donnait une valeur toute particu-
lière, venaient s’ajouter, pour employer les expressions du temps, une chapelle d’or
et d’argent ciselée par les plus habiles orfèvres de la Toscane et de l’Ombrie, une vais-
selle vraiment princière, des broderies dans lesquelles l’œuvre de Florence et l’œuvre
de Milan célébraient leurs triomphes. Jamais, on peut l’assurer, la Renaissance ne s’était
montrée plus large, p’us libérale; jamais elle n’avait conçu et réalisé une entreprise
plus variée et plus harmonieuse.

C’était la première fois depuis l’antiquité que la ville éternelle voyait naître une
collection de ce genre. Jusque-là, la bibliophilie seule y avait été en honneur (Biblio-
thèques de Giordano Orsino, du cardinal Capranica, de Bessarion, Yaticane, etc.).
Quant aux vestiges de l’ancienne splendeur artistique, personne, dans cette cité des
ruines, où chaque pied carré de terrain recèle aujourd’hui encore que’que débris inté-
ressant, n’avait songé à les recueillir. Si l’on s’y occupait des monuments païens ce
n’était que pour en employer les matériaux à des constructions nouvelles. Nicolas V
lui-même ne considérait le Colisée que comme une immense carrière, dont il tira
en une seule année plus de deux mille trois cents charretées de tuf et de travertin.
Les- statues étaient encore plus mal partagées : on les mettait au four pour les
transformer en chaux. Les marchands de curiosités, à la vérité, ne manquaient pas,
ainsi que l’a établi le savant auteur de Y Histoire de Rome au moyen âge, M. Grégo-
rovius2 ; mais leur clientèle ne se composait que de pèlerins désireux de rapporter

1. Voir la Gazette des Beaux-Arts, t. XV, 2e période, p. 417.

2. Sturia delta cillà cli Rom a, t, VIT, p. 601.
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