Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

Page: 410
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1877_2/0426
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
UNE VISITE A SAN-DONATO

GALERIE DE PEINTURES DES ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE1

(fin)

ui, c’est un voyage en Hollande que l’on
peut faire ici, sans sortir cTune galerie qui
n’a guère plus de trente mètres de long,
mais un voyage dans l’ancienne Hollande,
celle du xvne siècle, qui n’avait pas encore
desséché et mis en culture la mer de Har-
lem. Cette ville était alors féconde en excel-
lents artistes. Wynants y florissait et les
Wouwermans, et quel charme ils ont su
répandre dans leurs paysages qui nous
enchanteraient même sans figures. Celles de Wynants étaient peintes
ordinairement par un autre; mais ce peintre incomparable en son petit
genre n’avait pas besoin de faire cinquante pas dans la campagne pour
y trouver les motifs et les héros de son paysage. Un petit tertre couronné
d’une verdure intermittente, des traînées de sable, des cailloux, des
mousses, une clôture agreste et quelques chardons lui suffisent, et quant
à son héros, c’est un tronc d’arbre mort, tantôt debout avec ses branches
noueuses, tordues et sans feuilles, tantôt abattu par les bûcherons,
étendu sur l’herbe, ébranché, écorché à demi, livré aux insectes qui le
dévorent, à l’humidité qui le pourrit, aux lézards qui s’y promènent ou
s’y chauffent quand vient un peu de soleil. Quelquefois une lisière
de bois bouche en partie l’horizon et le plus souvent le tableau se ter-
mine par la mer de Harlem. Un ciel doux et léger domine ce paysage
d’une simplicité touchante et d’où s’exhale la senteur des plantes rus-
tiques. On ne saurait payer trop cher des morceaux de peinture dans les-
quels toute une contrée se résume et qui vous procurent à la fois la sen-

I. Yoir Gazelle des Beaux-Arts, 2e période, t. XVI, p. 5 et 201.
loading ...