Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

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CORRESPONDANCE D’ANGLETERRE

EXPOSITION DE LA ROYAL AGADEMY

abor et ingenium. Telle est la devise que depuis trois
ans la Royal Academy imprime en tête de son catalogue. Et
cette pauvreté d’invention et d’originalité trouve un triste
écho dans la plupart des tableaux exposés dans ses salles. Il
y a un travail qui conduit souvent au succès, et un talent
qui touche parfois au génie; mais quoique les toiles des aca-
démiciens et de ceux auxquels ils ont offert une place sur
leurs murs, attestent souvent des efforts laborieux, il n’y a
guère présence d’autre talent dans cette trop célèbre exposition que celui du stare in
antiquis vils. Les quarante et un académiciens meurent peu et se recrutent rarement:
la plupart datent d’une époque où la peinture en Angleterre avait atteint sa plus
pitoyable expression et se calquait sur de faux modèles; il n’est donc pas étonnant
qu’aujourd’hui, en face d’une nouvelle renaissance tendant une main à Mantegna et
Botticelli, et l’autre à Constable, Rousseau et Troyon, les maniéristes de la génération
passée soient incapables d’apprécier les efforts et les tendances de la jeune école.

Des six mille et quelques centaines de tableaux, dessins, gravures, etc., qui ont
été envoyés parles concurrents, le comité, composé exclusivement d’académiciens, a
trouvé place dans les galeries pour 1,539 objets d’art de toutes sortes ainsi distribués:
tableaux à l’huile, 880; aquarelles, 257; dessins d’architecture, 164; sculptures, 139;
gravures, eaux-fortes, etc., 62 ; miniatures, 37. Parmi ceux-ci il faut compter les œuvres
des académiciens eux-mêmes et des associés, dont les premiers ont le droit d’avoir
huit tableaux sur la cimaise, et les autres quatre. Il reste donc peu de place pour les
« externes », à moins qu’ils ne consentent à être mis au troisième ciel, qui n’est pas
le paradis.

Nous n’avons pas la prétention ici de faire un catalogue raisonné des tableaux
exposés cette année à l’Exposition de la Royal Academy ; il suffira de passer rapide-
ment en revue les toiles les plus importantes des chefs ou de ceux qui à tort ou à
raison passent pour les chefs de l’école anglaise, et de signaler celles de leurs compé-
titeurs qui nous semblent offrir le plus d’espérances pour l’avenir.

Depuis bien des années M. Millais, de l’avis de beaucoup de monde, se trouve au
premier rang des peintres anglais, et si le succès commercial d’un artiste pouvait être
accepté comme le certificat de son génie, c’est assurément M. Millais qui occuperait
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