Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

et l’artiste a eu raison de les reproduire dans leyr vérité terrible. D’un tout autre
genre sont les deux tableaux de M. G. Boughton, d’un si agréable et si tendre senti-
ment, surtout celui qui est intitulé En route pour la maison, et que la Gazette repro-
duit ici. Des deux tableaux de M. Vicat Cole qui, avec MM. Oakes, Davis et P. Graham,
représente parmi les associés l’école paysagiste, nous préférons de beaucoup sa vue de
la vieille ville d’Arundel. L’artiste ici s’est émancipé de son style ordinaire, et nous
montre qu’il est capable de faire autre chose que des champs de blé illuminés par des
soleils couchants. De môme M. P. Graham prouve aussi la souplesse de son talent. Son
Rayon de soleil, qui reproduit un paysage écossais plein de couleur malgré les nuages
qui couvrent le ciel, est plein de sérénité et de grandeur. M. Joseph Knight est un
artiste peu connu, mais son Embouchure d’une rivière [Tidal river) devrait appeler
l’attention du public. La mer est basse, les bateaux pécheurs sont à sec sur la boue,
les enfants jouent sur la plage tandis que les pêcheurs raccommodent leurs filets. Les
demi-tons dominent partout, mais entre l’eau basse et le ciel couvert il y a une har-
monie complète. M. Docharty envoie une scène d’un tout autre genre prise sur un
des plus beaux lacs d’Écosse, le lac Lomond. L’horizon est coupé par une forêt de
sapins qui se détache entre le ciel et l’eau avec une puissance d’effet surprenante.
Le peintre a su rendre avec beaucoup de talent ce ton gris et froid de l’automne écos-
sais. Parmi les autres paysages dignes d’être notés je citerai avec le plus de plaisir :
Après le coucher du soleil, de M. H. W. Davis; Après l’orage, deM. W. H. Mason;
Une Idylle au printemps, de M. W. Shade; Une Scène sur la Tamise, de M. A. May; '
les Prairies, de M. Fisher; le Port abrité, de J. E. Hodgson; Sur la côte d’York-
shire, de A. W. Hunt et des Eaux dormantes, de Ed. Fahev.

Il va sans dire que, dans les limites d’une si courte notice, nous avons dù laisser
de côté plusieurs toiles intéressantes ; nous avons essayé d’indiquer que bien que l’école
anglaise subisse en ce moment l’influence du mercantilisme, il n’en reste pas moins
un motif d’espérer encore dans ses destinées. Aussi longtemps que l’Academy,
autant par l’action individuelle de ses membres que par son exemple comme asso-
ciation, enseignera ce principe, que le but de l’artiste est de gagner de l’argent, et
que pour y arriver il lui est permis d’exploiter l’ignorance de l’acheteur, aussi long-
temps que l’art sera abaissé au niveau d’un commerce, l’art anglais restera frappé d’im-
puissance. Mais nous avons vu en parcourant les salles de la Royal Academy qu’il reste
quelques artistes avec des principes solides, des convictions arrêtées, qui n’ont pas
fléchi le genou devant le Yeau d’or. Puissent-ils bientôt exercer une influence sen-
sible sur leurs contemporains !

LIONEL ROBINSON.

Le Rédacteur en chef, gérant : LOUIS GO NSE.

PARIS. — Impr, J. CLAYE. — A. Qïïaktis et C‘, rue Saint-Benoît. — [1252J
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