Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

niait à ramener doucement au trésor royal les créances égarées, il se
montrait attentif à rajeunir les prestations féodales que'des princes négli-
gents avaient laissées tomber en désuétude et, par des procédés exempts
de scrupules, il parvint à amasser dix-huit cent mille livres sterling. Il
allait vivre tranquillement du fruit de son travail, lorsqu’il mourut à
cinquante-deux ans, en 1509. Son règne avait d’ailleurs connu les agita-
tions et les craintes. Les prédécesseurs de Henri VII n’étaient pas morts
sans laisser çà et là des héritiers plus ou moins authentiques qui mani-
festaient des prétentions au trône. De purs aventuriers se mêlaient à ces
intrigues et furent parfois très-près de réussir. Selon que ces conspira-
teurs étaient bien ou mal situés dans le monde, le roi leur faisait trancher
la tête, ou les faisait pendre.

Des occupations aussi multipliées ne permirent pas à Henri VU de
s’intéresser beaucoup aux questions d’art et de saluer cette aurore qui
emplit le ciel au début du xvie siècle. Ce rôle échut à des grands sei-
gneurs ou à des hommes d’église qui n’avaient ni à se défendre contre
des prétendants, ni à remplir leur escarcelle. L’amateur intéressant à
cette époque, le protecteur des orfèvres et des argentiers, ce fut Richard
Fox, évêque d’Exeter. Fox, que le roi avait nommé « garde du petit
sceau », mourut sous Henri VIII, en 1528. C’était un homme ardent aux
nouveautés; il avait la passion du grec et il le fit enseigner au collège
de Corpus-Christi, qu’il fonda à Oxford en 1516. 11 fut le bienfaiteur de
cette maison savante. On y conserve encore la plupart des œuvres d’art
et des pièces d’orfèvrerie dont il fit présent à l’institution. Une des plus
belles est une salière d’église, a salt-cellar, en argent doré, qui fut
exposée à Londres en 1862 et à Paris en 1867, et dont une reproduction
accompagne notre article. Elle est de forme hexagonale : les deux parties
qui la composent et que sépare un nœud orné de lions en relief donnent
à cette pièce l’aspect d’un sablier. Le couvercle, enrichi de perles, est
surmonté d’un diamant; sur les parois du vase, courent des arabesques
et des feuillages. L’exécution est magistrale et permet de croire que
l’évêque Fox s’adressait, pour ses libéralités, aux meilleurs artistes de
son temps.

Le collège de Corpus-Christi reçut du même donateur un calice que
nous avons pu voir aussi à l’Exposition de 1867. Il est en argent doré,
et il est décoré d’un bouton d’émail et des figurines du Christ et de six
saints. Philippe Jung, l’auteur du Guide d’Oxford, mentionne en 1805
ce « calice vermeillé d’une forme très-élégante ». Cette œuvre demeure
cependant bien au-dessous de la salière hexagonale dont nous venons de
parler.
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