Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 16.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

province. Venait ensuite le moyen âge représenté par un des monuments les plus
intéressants de l’époque, l’hôtel de Cluny, dont les galeries renfermaient les plus
curieux spécimens de l’art et de l’industrie du xne au xvie siècle. A côté, suivant
l’ordre chronologique, le grand couvent des Célestins, monument précieux de l’archi-
tecture du xviie siècle, sous les voûtes duquel auraient naturellement trouvé place les
œuvres des artistes de la Renaissance, du xvme siècle, et qui aurait formé le cadre le
mieux approprié à un vaste musée des arts décoratifs. Plus loin, sur l’emplacement du
disgracieux marché des Célestins, la ville aurait pu faire construire un édifice pour
un musée municipal. Ce projet grandiose avait été soumis au prince-président qui
l’avait adopté avec enthousiasme et qui, à différentes reprises, invita le préfet de
la Seine, M. Berger, à le faire mettre à exécution. Puis, survint le coup d’État, et ce
projet fut abandonné par M. Haussmann. Pendant que le plan de M. du Sommerard et
de la commission des monuments historiques dormait au fond d’un carton poudreux de
la préfecture, le couvent des Célestins était jeté à bas, son admirable cloître rasé;
l’on construisait sur son emplacement cette fosse aux ours pompeusement décorée du
titre de théâtre, que les syndics dirigent aussi souvent que les impressarii. Bien mieux,
c’était à grand’peine que la commission des beaux-arts parvenait à sauver l’hôtel de
Cluny, son jardin et les Thermes. L’alignement réclamait une grande bâtisse à sept
étages qui devait produire beaucoup plus d’effet. L’alignement ne régnait-il pas alors
en maître? Aujourd’hui il n’est guère possible de construire une annexe importante
au musée de Cluny, par cette raison que l’hôtel est limité par des rues. Un bâtiment
du côté du théâtre, le seul côté où une construction à double étage serait matérielle-
ment possible, mutilerait d’une manière fâcheuse le square et romprait l’harmonie du
monument. On peut s’en rendre compte déjà par le piteux effet que produisent sur la
rue du Sommerard les nouvelles constructions.

La commission des monuments historiques, sous la haute tutelle de laquelle est
placé l’hôtel de Cluny, s’occupe actuellement de cette importante question de l’agrandis-
sement du monument. Un projet qui consisterait à élever dans le jardin une galerie
légère en forme de cloître est à l’étude et sera soumis incessamment à son examen. On
a bien voulu nous en donner communication. L’idée d’un cloître est excellente et nous
paraît être la seule solution présentant dans son principe les conditions les plus satis-
faisantes. Mais dans son application, elle est à notre avis susceptible de certaines modi-
fications assez importantes. Au lieu de construire de toutes pièces et dans un style
uniforme un cloître dont les devis s’élèveraient à un chiffre très-élevé, pourquoi
n’emploierait-on point le système suivant qui, outre l’avantage d’une économie cer-
tainement considérable, permettrait de faire une œuvre répondant d’une manière plus
complète au but que l’on se propose et au caractère du monument dont elle fera partie

En province, il existe un certain nombre de cloîtres, que leurs propriétaires,
municipalités ou particuliers, laissent volontiers tomber en ruine et dont ils se défe-
raient sans doute avec le plus grand plaisir au profit de l’État. On grouperait autant
que possible chronologiquement ces cloîtres ou fragments de cloîtres, et l’on par-
viendrait ainsi à composer une vaste galerie qui présenterait incontestablement le
plus grand intérêt archéologique. En outre, pour créer une nouvelle entrée, qui
deviendrait l’entrée principale du monument et du square l’on placerait sur le boule-
vard Saint-Germain, l’admirable porte de la préfecture de police décorée de figures
de Jean Goujon, l’Arc de Nazareth, que l’on a dû reléguer dans la cour de débarras
de l’hôtel Carnavalet. Sous ce cloître l’on installerait les fragments d’architecture
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