Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 17.1878

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

artistes une sorte de patronage princier. Ceux que leurs talents met-
taient en évidence , ceux surtout qui lui fournissaient le moyen d'insi-
nuer: « C'est moi qui l'ai su découvrir », pouvaient tout espérer de sa
bienveillance et de son orgueil. 11 entendit parler du Bazzi, de sa faci-
lité, qu'on disait merveilleuse, et en même temps de son humeur gaie
et originale ; et comme il songeait alors à se faire bâtir un palais digne
du rang qu'il avait conquis, comme il aimait à dépiter les envieux,
comme il aimait à rire, le Bazzi lui parut l'homme de ses rêves. II lui
proposa de l'emmener à Rome. On pense bien que l'artiste ne se fit pas
prier deux fois. 11 partit avec Chigi.

Nouvelle chance. Giovanni Antonio croyait travailler pour un prince
de la finance et cela suffisait à enfler son amour-propre, et voilà qu'un
pape le saisit au passage et lui ouvre son Vatican. Jules II écarte Chigi et
confisque la liberté de cet inconnu qu'on lui avait imprudemment vanté.
Lui aussi se faisait construire une demeure. 11 la voulait digne de la
tiare et digne de lui. Le Bramante dirigeait tout; architecte et intendant,
il dessinait les plans et choisissait les décorateurs. Une cohorte d'artistes
l'entourait et lui obéissait. Déjà l'or et l'azur se mariaient en gracieux
entrelacs sur les voûtes ou le grand Pérugin commençait à peindre ses
saints personnages, et c'est à côté du célèbre artiste que, du premier
pas, va venir se placer Antonio Bazzi. Sur l'ordre du pape, Bramante
lui confia l'ornementation de la salle délia Segnatura.

Yasari prétend que, au lieu de se mettre à l'ouvrage, le Bazzi se livra
tout d'abord « à son goût habituel pour les extravagances qui troublaient
sa cervelle » , et qu'une défaveur en résulta dont il allait prompte-
ment sentir les marques. Les faits démentent, ce semble, ces allégations
du chroniqueur haineux qui a fait tant de tort à la réputation du pauvre
artiste, et il reste des efforts tentés par ce dernier des traces suffisantes
pour le justifier. La vérité est que Raphaël venait d'arriver à Rome.

Recommandé par la duchesse d'Urbin, poussé par le tout-puissant
Bramante, Raphaël, dont tant d'œuvres charmantes répandaient au loin
le nom et presque la gloire, Raphaël enfin avec toutes les séductions de
la jeunesse, de la modestie et du génie, avait été présenté à Jules II. Sur
la vue de quelques esquisses, le fougueux pape, — qui s'y connaissait,
— s'enthousiasma, et, avec la décision qu'il apportait dans tous ses pro-
jets, il ne voulut plus entendre parler que de Raphaël. Peu lui impor-
tait d'être brutal et même injuste, ce fils du batelier de Savone ne se
piquait pas de belles manières. On paya le Bazzi, le Pérugin et leurs
acolytes, — c'était assez pour leur ôter le droit de se plaindre, — et on
les mit à la porte du Vatican. Après tout on ne peut pas accuser trop
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