Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 17.1878

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ALFRED STEVENS1

(DEUXIÈME ET DERNIER ARTICLE.)

lfred Stevens n'expose plus aux
Salons ; nous l'avons regretté plus d'une
fois. L'art de ce vaillant homme n'est
pas de ceux qui peuvent se passer du
grand jour; il est un enseignement.
Stevens est un peu de la famille de Ve-
lasquez, de Yan Dyck, de Delacroix, de
Millet, de Rousseau; comme eux, il est
préoccupé prodigieusement de son exé-
cution : il a l'amour des belles pâtes et
des belles couleurs et, dans chaque
coup de son pinceau, il frappe son empreinte, comme dans une mé-
daille. La bonne peinture est le résultat d'un organisme sensible; les
nerfs communiquent à la touche une vibration; l'œil, la main, le cerveau
sont également tendus pour l'élaboration mystérieuse des tons, et chez
les maîtres il y a un tableau dans un centimètre carré : c'est que partout
l'effort recommence, que la moindre touche est une opération de l'es-
prit et qu'une œuvre d'art se cisèle morceau par morceau, facettes par
facettes, comme un bijou auquel concourent l'or et les pierreries.

Combien peu comprennent le sens profond du tableau ! Une même
vie en anime toutes les parties; il semble qu'à l'exemple du corps
humain, un sang artériel y circule et porte partout la pensée et le mou-
vement. Le tableau est fait dès la première touche que le peintre pose
sur la toile; je veux dire qu'une âme commune présidant à toutes ses
parties, la vie existe dès le commencement. La vie n'est pas plus ou
moins : elle est. De même il n'y a pas de degrés dans le tableau. Le
peintre est l'esclave du premier ton posé; celui-ci servira de clef à toute
la gamme. Ces choses sont surtout sensibles chez le maître qui nous

]. Voir Gazette des Beaux-Arts, T. XVII. p. 4 61.
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