Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 17.1878

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GUSTAVE COURBET

(premier article)

u Panthéon de Rome, dans une chapelle où furent
enterrés plusieurs vaillants artistes du xvr siècle,
figure une inscription funéraire que nous avons
jadis copiée, bien certain qu'elle pourrait être
étudiée avec profit par quelques-uns de leurs suc-
cesseurs. Mariette a connu cette épitaphe, mais
il ne l'a pas exactement reproduite. Nous deman-
dons la permission de rétablir le texte qui est
ainsi conçu : D. O. M. — Flaminio Vaccœ — sculptori roman. — qui
in operibus quœ fecit ■—■ nusquam sibi satisfecit.

Ainsi le souvenir de tant d'années dépensées à tailler le marbre, à
restaurer les statues antiques et à les décrire ne suffisait point pour
assurer à Flaminio Yacca la sérénité de la conscience. Dans les quatre
lignes qui devaient être placées au-dessous de son buste et qu'il avait
sans doute composées lui-même, le sculpteur avouait en mourant qu'il
n'avait jamais été content de lui.

Gustave Courbet, qui eut d'ailleurs des mérites bien réels et dont
l'œuvre importe à l'histoire de l'école moderne, n'appartenait pas au
même diocèse que Flaminio Yacca. L'estime qu'il faisait de son talent
est devenue légendaire : les contes qu'on invente à ce sujet ne sont
rien à côté des paroles authentiques que ses amis ont recueillies de sa
propre bouche. Courbet s'est follement aimé. Les preuves de cette pas-
sion sont dans toutes les mémoires contemporaines. La notice, sympathique
d'ailleurs, quoiqu'un accent d'ironie s'y laisse deviner, que Théophile
Silvestre a consacrée au peintre franc-comtois, est enrichie à chaque
page de propos intimes et de lambeaux de conversations qui disent
bien avec quelle conviction naïve l'artiste s'admirait. Cet enthousiasme
s'était levé de bon matin, et le maître fut bientôt obligé de faire des
efforts d'esprit pour rajeunir les expressions de son contentement. « J'ai
fini mes études, disait-il, en 1858, » et, chose grave, il le croyait.
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