Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 17.1878

Page: 350
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1878_1/0380
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
350

GAZETTE

DES BEAUX-ARTS.

aise de ne pas changer de lumière. M. Colbert a réparti qu'il saurait la volonté
de Sa Majesté et a dit adieu.

Sur les deux heures, M. Boutard1 m'est venu voir et m'a dit qu'il y avait
du refroidissement pour les dessins du Cavalier, qu'il le savait de bon lieu ;
que de la sorte qu'allaient les choses, l'on achèverait le Louvre comme il
était commencé; que l'humeur du Roi, où la mélancolie domine, se touchait
d'abord de la nouveauté, et puis qu'en lui proposant pour l'occuper d'autres
nouveautés, l'on les lui faisait agréer et changer ainsi insensiblement ce qu'il
avait résolu auparavant. Je lui ai reparti que j'avais toujours remarqué le
contraire de cela dans l'humeur du Roi, et ne pouvais croire qu'on refusât
de profiter du travail, de l'expérience et du génie du Cavalier, après la
dépense qui s'était faite et se continuait encore, pour continuer à faire des
fautes; que M. Colbert était trop habile pour cela. Nous fûmes ensuite chez
le Cavalier qui m'a dit que Beaupin lui avait dit qu'il amènerait l'intendant
de M. de Mazarin2 pour voir avec lui le logement qui lui était destiné.

L'abbé Butti est venu en même temps avec M. de Bellinzani3; puis sont
arrivés deux stucateurs italiens qui ont salué le Cavalier et lui ont dit qu'ils
venaient de Vienne. Après, l'on a été au palais Mazarin où il a vu son apparte-
ment, qui est celui qu'occupe M. de Mazarin lui-même quand il est ici. Il a visité
ensuite un lieu propre pour mettre le buste et a dit qu'il avait considéré que,
s'il demeurait au Louvre, il aurait mille peines pour empêcher qu'on n'entrât
dans la salle où il travaille, ce qui lui serait d'une trop grande distraction. Il
a vu ensuite l'appartement d'en haut et les tableaux qui y sont restés, s'est
arrêté à en considérer un de Paul Véronèse. Il a dit que le cardinal...4 en
avait l'original, que celui-ci n'était qu'une copie; que les tableaux de Paul
Véronèse étaient estimés par le coloris, mais qu'il n'y avait aucun décore5 ni
costume dans les ouvrages des peintres qui avaient travaillé hors de Rome;
que cela se connaissait dans ce tableau qui est une Nativité, la Vierge étant
sans noblesse et les pasteurs sans décence. Il y a peu d'antiques où il s'est
arrêté. La Poppea était là que l'on dit que le Roi prenait6. M. de Bellinzani se
chargea d'écrire à M. Colbert au sujet de faire venir le buste au palais Mazarin.

Le septième, j'ai trouvé le Cavalier avec une défluxion sur la langue qui
lui est venue, m'a-t-il dit, de ce qu'une de ses dents se rompit hier, et qu'il
en perdit un morceau. Il ne laissait pas de travailler à son buste. Il m'a

1. Dans l'État de France de 1665, t. II, p. 263, je trouve un Boutard, auditeur des
Comptes.

2. Armand-Charles de La Porte, duc de La Meilleraye, devenu duc de Mazarin par son
mariage avec Hortense Mancini, nièce du cardinal.

3. Suivant le Dictionnaire des bienfaits du Roi, Bellinzani était employé par Colbert
« dans les affaires de commerce». En effet on le trouve en 1670 inspecteur général des manu-
factures, et en 1671 directeur de la chambre des assurances à Paris. Voy. Correspondance de
Colbert, t. II, p. 560 et 640.

4. Le nom est resté en blanc dans lé manuscrit.

5. Décore, convenance, bienséance, dignité; c'est le mot italien decoro que Chantelou a

francisé.

6. Le Louvre ne possède ni buste ni statue de Poppée, ou du moins qui porte aujourd'hui
ce nom; mais on sait combien d'attributions on a dû changer depuis le xvne siècle.
loading ...