Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 17.1878

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EUGENE FROMENTIN.

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sorte, le feu, la verve imagée et mordante, la fantaisie ailée de l'impro-
visateur arabe. Je me souviens d'avoir entendu l'un de ces improvisateurs
sous l'arcade mauresque de la vieille porte Djebbia, à Gonstantine ; je ne
comprenais point ce qu'il disait, qui devait être fort intéressant, à voir
l'attention passionnée des auditeurs, mais je prenais le plaisir le plus vif
à suivre ses gestes à la fois sobres et expressifs, l'éloquence persuasive
de tout son visage et à étudier le jeu de son regard brûlant; j'écoutais
avec délices la musique de sa voix. Je pensai à l'improvisateur de la porte
Djebbia lorsque plus tard j'entendis causer Fromentin. Combien il était
charmant quand il ouvrait devant vous, pour me servir d'une de ses
expressions, son tiroir aux idées! Que de pages exquises il a écrites ainsi
qui se sont envolées!

Quant au Fromentin moral, au Fromentin intérieur, si je puis dire,
je le peindrai d'un mot : c'était une véritable sensitive frissonnant au
moindre souffle. La nature l'avait fait nerveux et impressionnable comme
une femme; s'il n'avait pas eu en lui l'antidote d'une prudence toujours
en éveil et d'une réserve extrême, il eût pu laisser en route le meilleur
de lui-même. Par cette réserve d'allures, par cette prudence pleine de
tact dans les relations, aussi par une constante volonté à retenir le prime-
saut de son imagination, il a su faire de sa vie et de sa personne « un
modèle de délicatesse, de goût, de persévérance et de distinction ».

JOUIS GONSE.
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