Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 17.1878

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/494 GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

soit que midi éclaire d'un jour égal et tranquille les horizons lointains,
soit enfin que le couchant frappe de ses lueurs ardentes les flots peu agités
qui viennent expirer sur les degrés du port ou sur le sable de la plage.

On a quelquefois reproché au Lorrain l'incorrection de ses figures, et
il disait lui-même en plaisantant qu'il les donnait par-dessus le marché.
Mais, correctes ou non, elles sont nécessaires, et un Claude dont les
figures seraient peintes par un autre perdrait évidemment une bonne
partie de son mérite. Philippe Lauri ou Courtois purent l'aider quelque-
fois pour la disposition générale, mais il devait toujours tenir lui-même
le pinceau, sous peine de voir l'harmonie générale de son œuvre grave-
ment compromise.

La Reine cle Saba suivie de son cortège descend l'escalier d'un palais
que l'on voit à droite sur le bord de la mer. Elle va s'embarquer dans
un canot monté par cinq hommes. Au second plan une tour et un grand
navire. Le soleil n'est pas encore monté sur l'horizon et il répand sur la
cime des vagues une longue traînée de feu qui part du fond et se fait
sentir jusque sur le devant de la composition. Des matelots avec les
épaules nues portent des bagages. A gauche au pied d'une colonne, un
homme assis, regardant vers la mer et se couvrant les yeux avec sa
main. Le ciel indique une belle matinée d'été.

Le tableau cl'Isaac et de Rebecca présente un paysage d'une énorme
étendue et un site d'une beauté extraordinaire. Une vingtaine de figures
de bergers, de bergères et d'enfants, les uns assis et faisant de la mu-
sique, les autres dansant, se voient au premier plan, vers la droite, sous
cle grands arbres. Du côté opposé, une femme mène à l'abreuvoir, près
d'un pont ruiné, un troupeau de génisses et de chèvres. Au second plan,
des arbres élevés et de la plus belle forme, un moulin et une grande
rivière formant lac et cascade, dont le cours se dessine à perte de vue
jusqu'à l'extrémité de l'horizon, qu'entrecoupent des montagnes et les
monuments d'une ville.

Ces deux tableaux, peints en I6/18 pour le duc de Bouillon, ornaient
encore à la fin du xvme siècle les dessus de portes de l'hôtel de cette
famille, à Paris. Ils furent portés en Angleterre pendant la Révolution et
acquis par M. Angerstein au prix de 8,000 liv. sterl., soit 200,000 fr.
Us doivent être comptés parmi les plus beaux et les plus importants du
maître. Le paysage d'fsaac et de Rebecca est la répétition, avec quelques
changements, du superbe tableau qui se voit à Rome, dans la galerie
Doria, et que l'on appelle le Moulin.

Turner, peintre anglais renommé, légua en mourant à la National
Gallery de nombreux et précieux ouvrages de sa main, à la condition que
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