Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

M.Bonnin, avait flairé la merveille, et en avait parlé à ses amis de la
commission; les pourparlers furent entamés, auxquels prirent part
MM. E. Ghérot, Doré-Graslin, le docteur Turpin, et, en fin de compte,
on traita, moyennant quatre mille francs. L'œuvre entra au Musée
de Feltre, à prix doux, comme on voit. Elle y est en brillante com-
pagnie; mais aucune, pourtant, de ses voisines, ne l’éclipse, de
quelque nom illustre qu’en soit signé le cadre d’or. Jamais Ingres ne
fut dessinateur plus sûr, plus accompli; jamais peut-être il ne fut
pareillement peintre.

Ai-je loué suffisamment, en écrivant ces deux mots, celui pour
qui « la louange pâle d’une belle chose était une offense »? Hélas!
j’ai peur que non! Et cependant, ce n’est point la conviction qui me
manque, et j’ai droit, au moins, à l’indulgence, à l’absolution, car
j’aime cette toile autant qu’on peut aimer un chef-d’œuvre pur, irré-
prochable.

C’est un chef-d’œuvre aussi que le burin de M. Patricot joint à ces
pages, et, dans l’histoire de la gravure française à la lin du xix° siècle.,
on parlera, nous n’en doutons pas, de Madame de Senomies par
Patricot, comme d’une merveille irréprochable et pure.

La Gazette des Beaux-Arts appela le jeune graveur à reproduire
notre portrait, après la Vierge au Rosier de Botticelli, parce qu’à
ces morceaux de haut style il fallait un traducteur épris du style,
un artiste affiné par des connaissances et des études plus larges que
celles de l’outil seul, et conscient de tout Part intime des maîtres du
grand dessin, un copiste passionné plutôt qu’un technicien enfermé
dans son propre métier. Il s’est visiblement surpassé lui-même, et
le travail de cette planche est acte de maîtrise ; mais nous tenons à
marquer avec quelle intelligence et quel respect constant delà pein-
ture originale, avec quel souci du coloris et desvaleurs, quel sacrifice
de l'effet facile au bénéfice de la sérénité générale, il a conduit à la
perfection son chef-d’œuvre personnel1.

GUSTAVE HARIX

1. Notons, en terminant, qu'il n’existait, avant la belle gravure de M. Patri-
cot, aucune reproduction de cette œuvre, et que toute autorisation, même de la
photographier, avait été rigoureusement refusée. La Gazette des Beaux-Arts est
heureuse que la municipalité de Nantes ait bien voulu lever pour elle cette inter-
diction.
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