Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

Page: 218
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1898_1/0233
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
218

GAZETTE DES BEAUX-ARTS

les tombeaux ou le sable des nécropoles de la vallée du Nil, et
parmi lesquels domine le scarabée, emblème de l’immortalité. La
base de ce charmant porte-bonheur étant destinée à servir de cachet,
on y gravait en creux un type ou une inscription hiéroglyphique ;
mais le corps et la carapace de l’animal étaient traités à la façon des
camées, c’est-à-dire en relief. D’aucuns, en cornaline, en lapis-
lazuli, en jaspe, en turquoise, en serpentine, sont exécutés avec une
habileté technique qui étonne, un souci de l’exactitude réaliste, une
science anatomique qui en font de vrais bijoux, dignes d’être con-
templés à la loupe1. Eh bien, c’est dans ce petit animal symbolique,
si populaire et si répandu, non seulement en Egypte, mais dans tout
l’Orient, que nous devons chercher l’origine du camée.

Des bords du Nil, l’usage du scarabée-amulette s’était propagé
de bonne heure en Palestine et en Phénicie. A leur tour, les actives
relations de la Grèce avec l’Egypte, Chypre et l’Orient, durant la
période homérique et surtout plus tard, à la suite des invasions do-
riennes, introduisirent le scarabée sur les bords de la mer Egée,
tandis que les Phéniciens le faisaient connaître aux Etrusques. Les
pierres gravées recueillies en si grande quantité dans les nécro-
poles de l’Etrurie ou des contrées helléniques, et qu'on peut dater
d’avant les guerres médiques, sont presque exclusivement des sca-
rabées et des scarabéoïdes. Comme en Egypte, ces gemmes servaient
à la fois d’ornement personnel et de cachet ; on les portait en colliers,
en bagues, en bracelets, et nous les rencontrons parfois enchâssées
dans d’élégantes montures en or. Un auteur dramatique athénien du
ive siècle avant notre ère, Antiphanès, dans sa Béolie, mentionnée
par Athénée, décrit le scarabée (xàvGapoç) comme étant encore, de
son temps, un élément essentiel de la parure féminine : ot>. os xal
yjvatxeüov xoa\u.aotov sort. xàvGapoç.

Ainsi, chez les Etrusques et chez les Grecs, la forme et l’usage
du scarabée se présentent comme le prolongement de la tradition
égyptienne : on n’y surprend aucun souvenir de l’ancienne glyptique
autochtone, c’est-à-dire des intailles lenticulaires des temps mycé-
niens. Mais si l’artiste grec a ainsi appris des Egyptiens et des Orien-
taux à graver en relief, dans un cube de cornaline, de cristal ou de
jaspe, la carapace d’un scarabée, il ne se borne pas à copier en creux,
sur le plat de son cachet, des signes hiéroglyphiques ou des sym-
boles des religions de l’Orient qu’il ne comprend pas. Il a vite une

1. Voyez G. Maspero, L’Archéologie égyptienne, p. 234.
loading ...