Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

voir en celle matière, viendrait donc à son heure et serait des mieux accueillis.
Une fois l’attention de la foule éveillée sur ce point, les mesures conservatrices
trouveront leur large application. En attendant, l’édilité gantoise taille en plein
drap, procède aux grands travaux de transformation annoncés dans une précé-
dente correspondance, et dont le résultat final sera la création d’une place
immense, où le beffroi, l’église de Saint-Bavon et celle de Saint-Nicolas, débar-
rassés de toutes cons truc lion s parasites, apparaîtront dans tout leur développement.

La physionomie de la ville se trouvera sensiblement modifiée et l’aspect
d’ensemble promet d’être fort beau. Malgré cela, un point mérite considération,
et ici, sûrement, l’opinion publique n’est point à dédaigner. C’est que les villes
ont leur caractère typique, celui que le temps leur a imprimé, qui n’a point été
sans influence sur la formation des mœurs locales ni même sur le caractère et,
sachons en convenir, les rend chères aux habitants et attrayantes pour l'étranger.

La disposition des rues, le groupement des constructions dans certaines
villes, Bruges entre autres, sont d’un pittoresque en quelque sorte local et qui
vaut bien, à coup sûr, l’aspect grandiose dont la recherche tend à rapprocher la
plupart des grandes villes d’un type unique. A Bruges, précisément, on assure
que les arbres qui donnent à la place du Bourg un si gracieux aspect sont appelés
à disparaître avant peu. C’est là une forme particulière de vandalisme dont on
a quelque tendance à abuser chez nous, où pourtant, les journaux l’assurent,
fonctionne un comité, presque officiel, pour la protection des sites. Quant à la
physionomie des villes flamandes, s’il est bien vrai que d’anciennes constructions
sont à nombreux étages, elles constituent en somme l’exception. Attendons-nous,
dans un avenir prochain, à voir l’architecture se modifier selon le caractère des
grandes artères qui se créent.

A Gand, les démolitions en cours ont rendu à la lumière un certain nombre
de restes vénérables et curieux. Même, on a cru voir reparaître une partie du
primitif hôtel de ville, la Kcarc. Que la supposition soit ou non fondée, il est cer-
tain que le musée lapidaire (l’ancienne chapelle Saint-Macaire et l’abbaye de
Saint-Bavon), si riche déjà et où figure, notamment, une pierre tombale qu’on
croit être, avec toute apparence de raison, celle d'Hubert van Eyck, va s’accroître
encore.

On a, de part et d’autre, épuisé les carquois et quelque peu les épithètes
dans la controverse relative à la forme du fameux goedendag, l’arme des milices
gantoises au moyen âge. Viollet-le-Duc avait, au tome Y de son Dictionnaire du
mobilier, essayé sa reconstitution d'après un passage de Guillaume Guiart. 11 y a
plus d’un demi-siècle, dans une vieille chapelle désaffectée, dite Leugemeete, on
mit au jour, fortement endommagées d’ailleurs, des fresques où figuraient des
compagnies en armes, et il fut dès lors admis que le bâton ferré, muni d'une
pointe, que l’on voyait entre les mains des guerriers, était la représentation fidèle
de l’arme énigmatique. Viollet-le-Duc, pour sa part, n’adopta point l’hypothèse ;
du moins, l'épieu qu'il dessine, sorte de hallebarde, est pourvue d'un tranchant.

Mais voici qu’un jour i’archiviste-adjoint de la ville de Bruxelles, M. van
Malderghem, émit l'hypothèse que le goedendag était, non pas la pique aperçue
dans les fresques de Gand, mais plutôt une appropriation du coulre de charrue,
ce qui lui paraissait mieux se rapporter au texte de Guiart, et n’être nullement
inconciliable avec l’idée de Viollet-le-Duc.
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