Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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CORRESPONDANCE DE BELGIQUE

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A Gand, l'hypothèse n’obtint aucun succès; une polémique ardente s’engagea,
polémique au cours de laquelle l’auteur en vint à élever des doutes relativement
à l'authenticité même des fresques de la Leugcmeete. C’était vouloir trop prouver.
Si les fresques, objet du litige, n’existent plus, elles n’en ont pas moins été
reproduites par un artiste et archéologue estimé, M. Félix Devigne, le maître de
M. Jules Breton, dans son livre sur les Corporations gantoises; mieux encore, elles
furent calquées par un autre archéologue, M. Jean Béthune. M. Devigne aurait
donc été un mystificateur ; il est impossible de l’admettre. Peut-être les fresques
étaient-elles d’une autre époque que celle assignée par M. Devigne à leur produc-
tion. L’avis en a été exprimé, probablement avec raison. La Société artistique
de Gand a commis des experts pour visiter l’ancienne chapelle et s’assurer de la
date même de la construction. Aucune trace des fresques n’a pu être relevée,
mais la construction date, à ce qu'il semble, du commencement du xivc siècle et,
dès lors, d’une époque antérieure à la date assignée aux peintures par M. Devi-
gne et par ceux qui adoptent sa manière de voir, ce qui, d’ailleurs, ne tranche
pas le débat sur la forme de l’arme des communiers flamands. Adhuc sub judice
lis est.

Ne quittons pas Gand sans jeter quelques Heurs sur la tombe du Messager
des sciences historiques, mort presque de vieillesse au cours de l'an dernier. Il
s’agit ici d’une revue antérieure de plusieurs années à la constitution même de
la Belgique. La Revue des Beux Mondes ne date que de 1829, la Westminster
Rcvieiu, de 1824; le Messager des sciences était son aîné d’un an. Seule la Revue
d’Edimbourg pourra célébrer bientôt son centenaire.

Le Messager des sciences a vulgarisé de précieuses études, surtout dans lu
domaine des arts. C’est lui qui reçut les principales communicalions de De Bast
et de Pinchart sur les maîtres flamands, et l'étude de Waagen sur les frères van
Eyck. Tout porte à croire qu’il ne sera pas remplacé. Les publications de ce genre
ont un nombre restreint de lecteurs et couvrent rarement leurs frais. La Société
historique de Gand, après avoir songé un moment à reprendre le Messager, n’a
pas cru devoir donner suite à ce projet.

On vient de dresser des échafaudages, à Notre-Dame d’Anvers, devant les
célèbres triptyques de Rubens, L’Érection de la Croix, et son pendant, La Descente
de Croix, l’immortel chef-d’œuvre du grand peintre. 11 s’agit d’enlever le vieux
vernis pour le remplacer par un nouveau. La dernière restauration date de
quarante-quatre ans et fut opérée avec un très grand talent par Étienne Le Roy.
Aujourd’hui, il ne s’agit que d’un revernissage, chose qui peut se faire sans danger.
Seulement, il faut quelques mois pour mener le travail à bonne fin, et pendant
ce temps le public sera privé de la vue des fameuses pages de Rubens.

Encore d’Anvers, on annonce pour le 17 mai la vente de la galerie Kums,
accessible au public, depuis 1891, moyennant une rétribution perçue au profit
des pauvres.

Restée indivise entre deux propriétaires, héritiers de son fondateur, la
collection était fatalement destinée à être livrée aux enchères, par le décès de
l’un d’eux. Formée d’environ deux cents peintures, cette galerie est riche à la
fois en œuvres anciennes et modernes : un très beau Rembrandt, personnage en
costume oriental; de bons portraits de vanDyck, de Frans Hais; un Jan Steen
de premier ordre, Le Maître d’école ; de beaux Téniers, et, parmi les modernes,
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