Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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UN INTÉRIEUR PAR GONZALES COQUES

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peintre lui-même, mais cette assertion ne peut se soutenir. En effet,
étant donné l’âge du personnage principal — quarante ans environ —,
il faudrait que sa femme eût l'air d'avoir quarante-trois ans au moins,
ce qui est trop, et que les deux petites filles de trois à cinq ans qui
font la joie de cet intérieur fussent remplacées par une seule jeune
fille de douze à treize ans. Notez encore que le personnage représenté
est un graveur, comme le prouvent la planche de cuivre posée sur sa
table et la gravure qu’il tient à la main ; or, on n’a jamais entendu
dire que Gonzales ait griffonné sur le métal.

Admettons, sans plus, que nous sommes dans l’atelier d’un
artiste graveur, au sein d’une famille paisible et assez cossue, à en
juger par certains détails : les costumes sont noirs, il est vrai, mais
la mère a sur son corsage de soie une large collerette festonnée, et
elle joue de la mandoline; les enfants sont richement mises et les
murs du salon sont couverts de tableaux.

L’artiste lui-même est assez distingué d’allure ; sa moustache,
d’un blond vif, en éventail, va bien à son visage, dont l’agréable
physionomie est relevée par un éclairage habile, une exécution bril-
lante. Les autres personnages ne sont pas moins soignés ; la jeune
femme l’est presque trop, ce qui lui prête un visage un peu froid;
quant à la seconde figure masculine, un parent sans doute, il a
perdu quelque chose de sa fraîcheur de Ion, mais c’est parce que,
plus ridé et peint avec quelques empâtements, il a subi l’action du
vernis déposé entre les touches. Par contre, les petites filles sont
tout à fait charmantes, surtout celle qui, appuyant son bras droit
sur le genou de son père, tourne vers la maman, avec un sourire
exquis, sa petite frimousse blonde, nacrée, potelée, dont l’exécution
à fleur de pâte est vraiment un délice.

La gravure de M. Léopold Llameng, fraîche et brillante, traduit
remarquablement les particularités qui nous ont intéressé. Au
point de vue de l’effet, elle a un peu triché, transposant l’original
dans une gamme beaucoup plus claire, au risque de lui ôter un peu
de tenue. Le spirituel graveur a sans doute essayé de retrouver
l’œuvre primitive sous Y « abri protecteur » d’un vernis devenu
jaunâtre et un peu terne. Ces transpositions sont toujours aventurées ;
mais nul ne songerait à les faire, si les vernisseurs étaient gens
plus discrets. On a souvent tonné contre les dévernissages : quand
voudra-t-on remarquer que les vernissages font tout le mal ?

L’Intérieur de G. Coques est assez honnêtement conservé. S’il
perd, vu de loin, un peu de sa franchise dans les oppositions des
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