Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

cle l’ennui que lui causait de plus en plus la nécessité de la représen-
tation. Il constate encore que jamais on n’avait fait la révérence
avec tant de grâce, saluant dix personnes en se ployant une fois et
donnant de la tête et du regard à chacun ce qui lui revenait. Il ter-
mine en disant qu’on aurait presque toujours voulu approcher un
trône à Marie-Antoinette, de même qu’on offrait une chaise aux
autres femmes.

Sénac de Meilhan, qui trop souvent pèche par excès de con-
cision et ne produit pas l’effet qu’il recherche, n’a jamais été plus
heureux que lorsqu’il écrivit ce bref portrait :

« Marie-Antoinette d’Autriche avait plus d’éclat que de beauté. Chacun
de ses traits, pris séparément, n’avait rien de remarquable; mais leur en-
semble avait le plus grand agrément. Le mot si prodigué de charmes était,
pour peindre les grâces de cet ensemble, le mot propre. Aucune femme ne
portait mieux sa tête, qui était attachée de manière à ce que chacun de ses
mouvements eût de la grâce et de la noblesse. Sa démarche était noble et
légère et appetait cette expression de Virgile : « Incessu patuit dea. » Ce
qu’il y avait de plus rare dans sa personne était l’union de la grâce et de la
dignité la plus imposante L »

Telle était Marie-Antoinette, en 1779, à l’àge de vingt-quatre
ans, au moment où la naissance de son premier enfant venait de lui
donner les joies tant et si longtemps désirées de la maternité. Sa
beauté était alors en son plus grand éclat. Brillante de jeunesse et de
fraîcheur, elle excitait l’admiration de tous ceux qui la voyaient.
Cependant elle n’était pas régulièrement belle, comme le dit si bien
Besenval ; on pouvait même contester qu’elle fût jolie; cela dépen-
dait des goûts. Mais quand elle ne se laissait pas aller à la mauvaise
humeur ou emporter par la colère, sa ligure était charmante ; scs
meilleurs portraits sont confirmés sur ce point par le témoignage
unanime des contemporains les plus dignes de foi. Tous disent
aussi que son attitude était à la fois gracieuse et majestueuse ; aussi
lorsqu’elle le voulait, lorsqu’elle ne cédait pas à l’ennui insurmon-
table que trop souvent lui causait la grande représentation, elle
tenait dans les cérémonies et les fêtes de la cour de Versailles sa
place et son rôle de souveraine dans la perfection ; c’était vraiment
la Reine.

JULES FLAMMERMONT 1

1. Sénac de Meilhan, Portraits et caractères cle personnages distingués de la fin
clu Xville siècle. Paris, 1813, in-8°, p. 74.
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