Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Le chroniqueur continue sur ce ton à décrire la robe et la
coiffure de chaque invitée. Il en résulte un tableau, long et diffus
peut-être, mais plein de caractère. Parmi ces nobles dames, plusieurs
avaient eu l’honneur d’être louées, en stances ariostesques ou en
petits couplets espagnols, par les poètes de l'époque. On admirait,
dans les groupes, Lucrèce Scaglione, femme de Paul Carafa, « la plus
belle et la plus instruite du monde », la protectrice des lettrés et des
artistes, celle dont Léonard Grazia, de Pistoie, élève de Raphaël
Sanzio,, a voulu éterniser les traits dans le grand tableau du maître-
autel de l’église de Monte Oliveto : Jésus présenté au Temple 1. Cette
charmante Lucrèce a été chantée par un poète illustre, Bernardin
Rota2, et, ce qui est bien extraordinaire, elle a vu même des femmes
du plus haut rang, comme Vittoria Colonna et Laure Terracina, dé-
crire sans jalousie ses perfections physiques et morales. Enfin, un
écrivain plein de mérite, hier encore inconnu, le Capanio, a com-
posé un poème entier sur « l’honnêteté» de la divine Lucrèce : «Je
n’ai jamais vu la beauté et l’honnêteté aussi pures qu’en votre
visage...3 »

On remarqua beaucoup Madame Isabelle Gualando, femme de
Jean Alphonse Picciolo, sœur d’Alphonse Gualando. « Elle portait
une robe de toile d’argent, avec des pierres à feu en or au marteau »,
elle avait au cou « un collier très pesant » et sa tête était ornée
« d'une coiffe blanche avec des pierres à fusil semblables à celles
de la robe4». A côté, Madame Dorothée, marquise de Bitonte, et sa
sœur Suzanne Gonzague, comtesse de Collesano, femme du comte
Pierre de Cardona, grand-amiral du royaume de Sicile, la première
et la seconde « avec une robe de satin noir, frisé en « tripe », une
berne de velours noir et une coiffe de velours noir 5 ». ■—• Venait en-
suite Madame Sidonie Caracciolo, marquise de Laïno. Madame Sido-
nie, le jour des noces de Bonne, portait « une robe de satin moiré
cramoisi, à échiquier, avec des branches d’arbre brodées en soie et en

1. Naples, Musée National, école toscane, n° 1.

2. Rota, Stances en l’honneur clés dames de notre ville. Naples, Mathieu Cancer,
1361, p. 125. « Une admirable beauté, un savoir profond, une grâce douce, un
saint amour dans le cœur ...»

3. Poème relié dans les œuvres d’Amédée Cornale. Manuscrits de la Biblio-
thèque Nationale de Naples, XIII, G. 42.

Voyez également B. Croca et G. Ceci, Louanges des Dames napolitaines au
xvie siècle. Naples, 1894, p. 42.

4. Passaro, p. 231.

5. Passaro, ibid.
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