Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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CHAULES Y RI A.RTE

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duc d’Albe, celles d’Ossuna, et parcouru la péninsule, de Saragosse
à Valence, afin de donner un catalogue complet des œuvres du peintre.

L’histoire de l’art, des artistes et des mécènes princiers en
Italie, au xv° et au xvie siècle, le passionna dans les vingt dernières
années de sa vie. Elle fut, dans les loisirs que lui laissaient les
fonctions d’inspecteur des Beaux-Arts auxquelles l’avait appelé Jules
Ferry, sa grande occupation et sa grande joie. Avec quelle persévé-
rance, s’attachant à quelque chef-d’œuvre de ces époques fécondes,
sur lequel tout n’avait pas ôté dit encore, il interrogeait les docu-
ments de toutes sortes qui pourraient lui permettre de savoir au
juste et de nous apprendre ensuite à quel maître il fallait décidé-
ment l'attribuer, qui l’avait inspiré, quelles avaient été ses fortunes
successives! Avec quelle curiosité aussi il étudiait certains person-
nages fameux, les uns admirables, les autres monstrueux, énigmes
troublantes pour la raison humaine, âmes effroyablement perverses,
ouvertes cependant au sentiment et à l'intelligence du beau, capables
des pires crimes et parfois d’actions glorieuses ! Plus que toute autre,
une figure s’était imposée àYriarte, pure, noble et charmante celle-là,
Isabelle d’Este, la « divine Italienne comme il l’appelait. Il lui
avait déjà consacré bien des pages; peut-être songeait-il à lui rendre
d’autres hommages encore ; elle tenait tant de place dans sa pensée !
Dans son culte pour elle, il y avait comme de la tendresse.

A ceux qui n’ont connu que l’écrivain, nous pouvons dire,
Payant vu à l’œuvre, qu'Vriarte servit bien l’Etat. La conscience qu’il
mettait dans ses livres, il la mettait dans l’accomplissement de son
devoir public. Il jugeait vite et bien. Ferme dans son opinion, il
n’hésitait pas à l’exprimer; mais il le faisait avec tant de politesse
et de tact qu’on aurait eu mauvaise grâce à s’offenser de ses avis,
même lorsqu’ils ne plaisaient pas.

Il était la droiture et la loyauté mêmes. Si ses manières étaient
discrètes et réservées, son âme n'était pas une âme froide, et ce
n’était pas l’imagination seulement qui, chez lui, avait de la sensi-
bilité. On a trouvé parmi ses papiers des notes très brèves, qui sont
sa biographie par lui-même; on y lit ceci : « 1889 -— 19 novembre :
« Mort de mon ami Heilbuth. Grand événement dans ma vie ! J’avais
« perdu déjà Desormeaux, mon ami fidèle, et Armand Baschet. »
Rien de plus. Pas l’apparence d’une phrase. C’est très simple; mais
dans ce peu de mots n’y a-t-il pas beaucoup de cœur?

A. KAEMPFEN

XIX —■ 3e P K P, i o D K.
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