Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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104 La Chine
une pleine permission d'y exercer
leur religion , & mesme de l'introduire
dans toute l'estanduë de Ion Royau-
me.
Quelque temps après, ces Percs e-
siant partis de Necbal, arrivèrent aux
confins du Royaume de Maranga, qui
est enlasfé dans le Royaume de Tebet,
duquel la Ville principale s'appelle
%adoc qui fût le lieu où le Pere Andra-
da finit le voyage qu'il avoit entrepris
dans ces régions orientales, où ils trou-
vèrent encore de très anciennes mar-
ques qui faisbient foy, comme quoy la
Religion Chrestienne avoit esté establië
dans ce païs, ainsi qu'il paroit par les
noms de ces trois hommes qu'on appel-
loit encore ; Dominique, François, An-
toine. Puis aprèslortant de là, la pre-

Illustree
miere Ville où ils entrèrent, fut celle de
Hedonda, qui est la principale, Se la mé-
tropolitaine du Royaume de Mogor*
asfés connu, & renommé par tout le
monde : delà ils allèrent zOattanam de
(Bengala , qui est une ville située sur le
Gange, enluitte de quoy ils pasferent
encore jusques à Benares, qui est aussî
une ville tres-celebre à caule des Aca-
démies de fëragmanes, Se delà enfin ,
à Agram du Mogor, qui est une Ville
Royale j où le Pere Albert Dorville e-
stant accablé par la fatigue,& les incom-
moditez de 11 longs voyages, & chargé
de gloire & de mérites, lailsa les voya-
ges de la Terre , pour faire celuy du
Ciel, (ainsi que nous croyons) dans le
milieu du chemin, qui est entre la Lhu
ne j Se l'Europe.

Chap. V.
La defeription du 'Royaume des Mogors ou de Mogule, &• des
ebofes les plus confidcrables qui y font dignes de remarque , comme aujji , la
jïdesse relatmides divers chemins cfe l'Inde &de lki Chine, en celîpyaume,
& deUen Europe, par le [quels on pajfe en Venant de ce païs, & où
ton peut pajjer encore pour y aller.


E vaste Empire de Mogule, est
gouverné par un Monarque
tres-puissant, deffendu de la
race Royale, de Tammerlan, dixielme
en ordres qu'on nomme Gelai Edim
Mahumet, petit neveu du grand Roy
Accabar, quis'estoit rendu tres-illustre
dans tout l'Orient, non moins par l'é-
clat de ces vi&oires, que par la beauté
de son esprit. C'estoit ce généreux
Prince , qui fut le premier qui fit ve-
nir nos Pères dans le Royaume des Mo-
gors , non pas tant par curiosité que par
un grand desir qu'il avoit de s'instruire
de l'Evangile, &: par une certaine in-
clination naturelle qui le portoit à ay-
nier la Religion des Chrestiens : Mais
quoy que ce Prince eust ces bons sènti-
mens, &que mesme il eût pris à Goa.
Je Pere Rodolphe Eauvive avec luy,

&quoyqu'il entendit volontiers rai(bn-
ner des mysteres de nostre Religion,
dont il estoit souvent convaincu, neant-
moins il ne voulût jamais donner les
mains à la vérité, nonobstant toutes les
prenantes sbllicitations que ce Pere luy
en peut faire : ensuitte de quoy ayant
esté prévenu de la mort, par un secret
jugement de Dieu,- il quita ce Monde
privé de la grâce que sa divine bonté
luy avoit si souvent offerte. C'estoit
un Prince d'oùé d'un si grand juge-
ment, que quoy qu'on ne luy eûtapris
aucune seience, écleré neantmoinspar
la seule lumière de la raison naturelle,
il ne lesïbit pas de parler seientifique-
ment de l'estat de toute sorte de reli-
gions. Il suivoitla seétedeMahumetà
l'exemple de ces Ayeuls, quoyquilne
sestimat pas beaucoup, ainsi qu'il don-
noit
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