Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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L a Chine Illustrée

C h a p. I.
T>e l'Idolâtrie des Chinois.


Trois sor-
tes cte
Chinois.

Ces trois
se&es cor-
relpon-
dent à
trois estats
différents
d'hom-
mes.

PAutheur
de la i.
seste est
Consutius
Philosofe
Moral.

Es Chinois font mention de trois
% sortes de se&es dans leurs trois
ivres de toute la terre (c'est de
la sorte que ces peuples appellent leur
Pvoyaume,) croyant que le monde ne
comprend point d'autres Estats que les
leurs, ny d'autres Provinces que cel-
les qui sont aux environs de leur Em-
pire.
La première est celle des sçavants, la
séconde celle de Sciaguiafe la troisjesme
celle âeLançu -3 voyla les trois différen-
tes Religions qui sont receuès des Chi-
nois , & generallement de tous les peu-
ples voysins, qui se servent des caractè-
res usites dans ce Royaume, du nombre
desquels sont (comme nous dirons en-
suite) les habitans du Jappon, de Coriane,
âeTonchinjScâc Concincine. Vousdevcs
fçavoir que ces trois différentes reli-
gions , ou pour mieux dire, ces trois di-
verlès se£tes, respondent à trois ordres
distinc~ts d'hommes,dontPEstatdes E-
giptiens estoit autrefois composé (à sça-
voir) de Treflres, de Sages & des Hyero-
grammatistes, Hyerogliphistes ou com-
mun du peuple. La véritable sèéle des
sçavants de la Chine, qui est très ancien-
ne dans cet Empire, a le gouvernement
de l'Estat j par cequ'elle est la mieux
fournie de livres, & la plus estimée de
toutes les autres. Celle-cy reconnoit
pour son autheur un certain Confutius
qu'ils estiment estre un Prince Philoso-
phe, de mesme que les Egiptiens leur
Tboyt que les Grecs appellent sçfiviv
TgA*T[JLiyiçM'i desorte qu'à l'exemple
des sages d'Egipte , qui avoient ac-
coustume d'adorer un certain Hemepht
pour un Dieu, (ces sages de la Chine
n'ont pas adoré des Idoles à la persua-
sion de Confutius C) mais ont reconnu u-
ne divinité qu'ils nomment le Roy du

Ciel: voyci comme en parle Trigautius
dans son Expédition Chrestienne dans
la Chine. Ils asfurent que l'office de facri- -Ja"f s"n
fier au 1\oy du Ciel, & de luy rendre lésion- cxPcJ£s|
neurs deus à la divinité n'appartient qu'à la ^ntsi
fupreme dignité de l'Empire : & cefl pour ^s*Jl
ce Jujet j fans doute > qu'il y a deux tem-
ples magnifiques dans les deux Villes prin-
cipaUes dejon Eftat ,jçaVoir, dans celle dé
Nanquin & de Pequin, dont l'un eft dé-
dié au Ciel, & le fécond à la Terre; ce-
Jloit dans ceux-cy que le tf{oy sacrisioit au-
trefois en perjonne, &■ ce font ceux-là mef-
me , dans lefquels on "Voit de très graves
Magistrais qui y font l'office de facrifica-
teurs, & y prèfentent au Ciel, & à laTcr-
re (de mefme que les Egiptiens à Ofiride)
grand nombre de bœufs, & de moutons en
facrifice, & a"Vec des cérémonies extraordi-
naires. Enfin comme les loix ordonnent
qu'il n'y aura point de Ville• qui riait un,
temple dédie à ce (Dieu Confutius, que je 'tc^
Viens de nommer, // arrive ausfi que les sia- çonsi00'
Vants (qui le reconnoifsent pour le 'Prince
des PhilosophesChinois)«'é7î ont pas d'au-
tre que celuy qui luy efl confacré, lequel ejl
bafli (pour l'ordinaire) prés des univerfitès,
ou joignant la maifon du Magifirat, qui
tient le premier rang parmy les DoBes.
On Voit dans ce Temple la ftatué de ce ^o^'
Dieu toute chargée de lettres , ou bien on thu-
trouve à fa place fon nom eferit en lettres dor
fur une table dont les caracleres jont de la
hauteur dune coudée. On dejcouvre à co-
fté de cette mefme fiatué, celles de quel'
ques uns des difciples de ce Confutius que
les Chinois ont mis au nombre des Dieux,
& quds efliment beaucoup moindres que
leur Maiflre. Tous les Magifirat s de la
Ville s'asfamblent dans ce temple deux fois
le mois, sçaVoir, au temps du renouveau, &
du plein de la lune : & la couflume de ces
perfonnes eft d'adorer ce- Dieu aVecdes pro*
fon-
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