Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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La Chine Illustrée

C h a p. III.

Des silles de la Chine, &■ des zf\£œurs des hab 'ttans.


Es Pères Martin, Samedes, Tri-
gaut, Se Grubere, qui ont esté
tesmoins oculaires de ce qu'ils
ont laissepareserit, nous asfeurent que
la Chine est tellement peuplée ; que s'il
y avoit une muraille qui achevât d'en-
vironner cet Estat, depuis celle qui le
separe d'avec la Tartane jusques à la
mer australe, on pourroit avec raison
l'appeîler plutost une ville qu'un Ro-
yaume. En effet on peut bien juger si
cet Empire est bien peuplé ; puisqu'on
nombre* y conte I5° v^cs Métropolitaines ou
desvilles, capitales, & 1226. cités qui sont infé-
rieures, quoyque très-bien fortifiées,
& bien gardées 5 outre les autres places
fortes qui ne méritent pas le nom de
ville, comme les bourgs, les villages,
leschasteaux, maiteries, &lesmaisons
champestres qui sont si nombreusos
qu'on ne sçauroit faire un mille làns
trouver quantité de ces habitations.
J'oubliois de dire que toutes ces villes
sont d'une forme quarrée ; les maisons
sont toutes de bois & unies ensemble,
fort mal faites au dehors, mais tres-pro-
pres, & tres-agreables à voir au dedans;
pareeque tout y reluit. Les Pères Same-
dc, & Martin assurent que chasque mai-
son doit avoir un bouclier sur la porte,
lequel donne a connoistre combien il
y a de personnes là dedans, & de qu'el-
le condition elles sont ; afin que les
Mandarins puhTent sçavoir plus facile-
ment (sélon qu'ils y sont obligés) com-
on met bien \\ y a d'hommes dans chasque vil-
teauxsur le, pour mieux empeseher les révoltes
îbnfpar & les seditions, & afin d'exiger avec
oïsçatt moins de peine les tributs qu'ils impo-
comtiea sent. Ce qui est un coup sagement in-
nommes venté par les politiques. Les plus gran-
jjjjta des Villes delà Chine & mesme du mon-
Scmesme de sont tZanquin Texin, & Hancheu,

que Marc Taul Vénitien a appelle cy
desfus Quinfay , sélon le raport du P.
Martin, de la grandeur de laquelle je
ne diray rien ; pareeque j'en ay assés
amplement traitté par le passé. Il ne
saut pas s'estonner après avoir leu ce
que je viens d'eseire, s'il est impossible
à quel homme que ce (bit de pouvoir
entrer dans cet Estat làns estre décou-
vert; puisque la loy de mettre tout
sur la porte est si exacte & si severc.
On estime beaucoup les personnes qui
exercent les arts mechaniques, & on en
fait tant d'estat, qu'il n'y a pas jusques
à un festu qui ne soit levé , vendu à
mesme temps, & qui ne soit mis en
quelque usage. Les hommes de lettres
ne s'attachent qu'à sçavoir la Politi-
que, & la morale, ausïi ne sçavent-il
rien des difciplines scholastiques & spe-
culatives; jusques là qu'ils en ignorent
mesme le nom , ce qui est estonnant
pour une nation qui produit dési beaux
esprits. Les Médecins y sont habillés
par la tradition , & sont tres-experi-
mentés pour le regard du poulx, par
l'attouchement duquel, ilsconnoissent
les causès du mal, l'estat du malade,
& les simptomes de la maladie; après
quoy ils donnent des remèdes effica-
ces , & ordonnent des médecines tres^
salutaires pour celuy qui en a besoin.
Ils ont la connoissànce si parfaite de
tous les arts libéraux, sur tout de l'ar-
chiteéture, de la sculture, de la tissure
& de tous les autres arts, que si vous
en exceptés la connoisiànce de la pro-
portion Optique , vous pouvés dire
qu'ils n'esgallent pas seulement les Eu-
ropéens , mais mesmes qu'ils les surpas
sont. Ils sont adroits & rusés ,fins, trom-
peurs, dissimulés, & si extraordinaire-
ment superbes qu'ils mesprilênt toute
sorte

dans le*
du mo°'
de.

ques.

Ils n'ont
oveî-

rmncc .
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