Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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d'athanase Kirchere.

91

7'Ption
Ssde

Chap. IV.
Des diverjes Qoujlumes y ^\sœurs, &- babils que ces deux Itères
Albert Dorville, &le p.Grubere ont obferVees^ & depaintes en pafsant
dans ces (Royaumes.


Omme il n y a personne dans
i l'Europe qui ait eu une si par-
faite connoisîànce des Royau-
mes dont nous parlons,que les Pères que
nous avons desja nommez ; & parceque
pas un de tous les Geograffes qui nous
ont donné le monde en abrégé dans
leurs Cartes, & dans leurs escrits ; n'ont \
pas mesmes conneu ces païs dont nous |
prétendons parler. J'aycreu qu'il estoit
important (ayant de si fidelles mémoires j
que celles que ces Pères m'ont données (
par figure & par escrit de tout ce qu'ils,
ont veu & remarqué de considerable |
dans leur voyage) d'entraitter icy, &
démettre dans un chapitre particulier : j
qu elles sont les coutumes, les mœurs j
& les habits de ce peuple , afin d'en !
donner une parfaite connoissance au
public.
C'estpourquoy, il faut sça voir, que
ces deux Pères sortant de Requin ,qui est
la Ville Métropolitaine, où est lesiege
Royal de la Chine ; ils arrivèrent dans l'e-
ipace de deux mois à ces murailles tant
renommées qui environnent une gran-
de partie de ce Royaume, au lieu où est
la grande Ville de Siningfà ; mais quoi-
que j'aye donné à la fin de ce livre une
parfaite connoissance de ses forts, & in-
vincibles remparts contre lesTartares,
sélon le fidelle pourtrait qu'ils m'en ont-
envoyé , & que la chose le mérite ; Je
ne lailTeray pas pourtant de dire en pas-
sànt , que suivant leur raport, ces
murailles sont si épesies, que six Ca-
vailliers y pourroient marcher de front
sans s'incommoder : & qu'elles sont
tics souvent visitées par les habitans
de Siningfà , tant à caufe de la bon-
té de l'air procurée par un defert sa-
blouneux qui en est proche, quafin d'y

recréer la veuë, & y delafîer l'eiprit, à
quoy elles sont fort propres -} car elles
sont si fort élevées que la veùe est li-
bre de tous Costez, sans qu'aucune
chose la puisse l'imiter; & l'air en est
si doux, que les habitans du païs sont
souvent invitez par ces agréables char-
mes à sortir de leurs mailons pour y
aller goutter ces plaisirs Innocents ; &
d'autant mieux qu'il y a par tout quan-
tité d'elcailliers pour y monter. La
Iongeur de la plus large qui est dé-,
puis cette porte jusques a celle par la-
quelle on entre dans la Villcde Sucieit9
parlant par le desort, est si grande, qu'à
peine la peut on parcourir dans l'espa-
ce de 18 jours, lequel chemin est sou-
vent fait par des personnes, qui plu-
tost par curiosité que pour affaires (a-
prés avoir obtenu la permissîon du
Gouverner de Siningfà , & pris avec
eux un saufeonduit bien instruit de la
route) se mettent en chemin pour
faire cette course ; ils dilent aufîi que
marchant dessùs les murailles, l'on voit
au bas dans leur enceinte une prodi-
gieuse quantité de Villes,de ViIIages,&
d'habitations,qui paroissènt ausîl petites
que si l'on estoit au sommet de quelque
haute montagne , tant elles sont esle-
vées. Ils ont encore appris de la bouche
mesine des habitans dupais, qu'ils s'en
alloient prendre le divertisïèment de
considerer les diversès especes d'ani-
maux sauvages, comme des Tigres,
des Lions, des Elephans, des Rinoce-
rots, des Léopards, des Taureaux sau-
vages, & des Monoceros, qui est li-
ne espece d'Anes cornus, qu'on voit
danscedesertdu haut de ces murailles,
Iesquelles sont de mesme qu'une for-
te tour, qui leur donnant le plaisir de
M 2 ces

L'on voit
sans dan-
ger par'
dessusles
murailles
toute sor-
te d'ani-
maux
dans le de-
sert sa-
bloneux
qui est
proche.
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