Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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D'A T H A N A S E KlRCHERE.

quel est le motif qui vous engage à
nourrir tous ces animaux ; & comment
eit-ce que vous avés peu rendre des be-
lles si obeissàntes à vostre voix, Se si
promptes à vos ordres. Vous sçaurés dit
IcBon^e, que ce sont lésâmes des hom-
mes illustres que nous nourririons icy
par charité & pour l'amour de Dieu.
Quoy dit Oderic seroit-il bien possible !
que vousfussiés dans cette erreur,& dans
ce dernier aveuglement, de croire que
des brutes soient des ames. Ne sçavés
vous pas que les ames raisonables sont
desgagées de toute sorte de matière, &
quelles sont purement spirituelles; si
vous le croyésjvous avés tort d'en user de
la sorte, Se de croire une choie si ridicu-
le. Le Bon^e respondit à cela les parolles
qui suivent. Les animaux que vous vo-
yés sont le réceptacle des ames des
morts 5 desorte que chasoune de cesbe-
stes a l ame d'un homme, sélon sà condi-

211
tion & sélon l'eage que vous les voy es.
Enfin 'ISLoJlre Grand Oderic tout surpris
d'entendre de si horribles supersiitions
prit a attache de delàbuser cet Idolâtre,
& reussit si bien par la force de ses rai-
sonnements,qu'il ne sçavoit que respon-
dre, & n'eust esté que le démon avoit
pris posTesïion de son cœur, & avoit a-
veuglé son esprit (en sorte que rien du
monde ne peut le destacher de cette
mauditesupersiition,)iirauroitconverti
à Je fut Chrijl Se. l'auroit mis dans le soin
de l'Eglise. Ce bon S. ne pouvant donc
rien gagner sur cet esprit obstiné se con-
tenta de finir la conferance par ces pa-
rolles: Non je ne croy pas que ce soit des
ames 3 mais plutosi j'estime que ce sont
des. démons transformés en bestes pour
abusor avec plus de facilité de la foybIe£
se des hommes & de la simplicité des
mortels, Se pour damnerainsi misera-
blement les images du Dieu vivant.

C H A P. V.
T>e la 'Religion ridicule des Brachmanes touchant F origine
de l'homme.


Es Autheurs Indiens assolent
[que les 'Brachmanes tirent leur
> origine de Cechian, ou de Xa-
ce ca dont nous avons desja parlé au titre
précédant, que les .Arabes appellent
// ou HormcZj Se que ce peuple croit
estre Herme^ Tr'ismegifle, Se d autres *Py-
thagore (ans pourtant aucun fondement,
quoyqu'iî y ait quelque raport entre
leurs dogmes & leurs maximes : car la
doctrine de cet Imposteur est si pleine
de tant d'horribles Se monstrueusos fa-
bles , & de tant de vilainies qu'on ne
sçauroit les lire sans horreur ; au reste la
confusion de cet esori vain infernal dans
les ouvrages Se ses eserits est si grande,
que les seâateurs mesmes de cette sotte
doctrine ny comprennent rien en la li-
Iânt,& sont en peine de sçavoir ce qu'ils
en doivent croire. Je suis d'advis de qui-
ter cette matière pour prendre celle qui

traitte du monde Se de sa création, Se
comme cet un point defoyde la Reli-
gion de ces Brachmanes, Se que les plus
iàges d'entre eux mettent au nombre de
leurs points fondamentaux de leur cro-
yance : aussi en faut-t'il traitter à prelànt.
Les Dieux que les Brachmanes so sont
sottement forgés sont les trois qui sui-
vent, sçavoir Bruma, Vefne, Butçen, le£
quels sont les principaux &les maistres
des autres,qui sont au nombre de 3 5 mil-
lions. Toutes ces divinités que je vous
ay desja dit estre subordonnées & de-
pendantes de ces trois premières, re-
connoisient encore pour leur chef B>'u
menderen, Seltan , Se Bruma. Ils racon-
tent que tous les hommes sont sortis
de ce dernier, comme estant le plus no-
ble, & qu'il a produit tout autant de
mondes qu'il a de parties considerables
dans son corps. Us soustienent donc que
D 2 le

Les Dieux
des Brach-
manes.

33 mil-
lions de
Dieux.

Brumalc
grand
Dieu en-
gendre
les hom-
mes diffé-
rents sé-
lon la dif-
férence
de ces
membres.
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