Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

Page: 212
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Illustrée

2î2 La Chine
le premier monde qui est au desïus du
Ciei a esté fait du cerveau, le 2 des
yeux , le 3 de la bouche, le 4. de l'o-
reille gauche, le 5. du palais & de la
langue, le sixiesme du cœur, le 7. du
ventre , le 8 des parties honteusès, le
9 de la cuisle gauche, le 10 des ge-
noux, le 11. du talon, le 12 des doits
du pied droit, le 13 de la plante du
pied gauche, & le 14 enfin de l'air qui
l environnoit. La raison pourquoy ils
ont inventé toutes ses sbttisès de la fa-
çon que vous venés de le voir, c'est,
parcequ ils ont creu qu'il y avoit quel-
que raport entre ces mondes & ces
parties: en effet,ils ont dit que chasque
homme naisibit & sortoit de ces mon-
des, conformément à ce qu'il est, & sé-
lon l'ordre que je m'en va mètre. Les
premiers sont les sages, les sçavants &
les beaux espiits ; les séconds sont les
prudents} les troisjesmes les eloquants
&lesdisèrts; 4. les fins, &lesrusés, 5.
les gourmands & les goulus ; 6 les splen-
dides, les magnifiques, & les libéraux ;
7 les sbrdides, les infâmes, & les hom-
mes de mauvaise inclination ; 8. les
luxurieux , les charnels, & ceux qui
sont addonnés à leurs plaisirs;9 les hom-
mes de travail comme les artisàns, 8c
ceux qui s'adonnent a l'agriculture ; 1 o
les Jardiniers, & les Rustiques ; 11.
ceux qui sont destinés à des ouvrages
ravalés, qu'ils appellent Tareas, 12 les
homicides les voleurs & les larrons ;
13 les oppresseurs des pauvres ; 14 les
hommes qui ont un talent & un grâce
singuîiere de sçavoir saire toutes cho-
ses : Voyla de la façon qu'ils dépeignent
leur grand (Bruma, & comment il nous
le font voir Pere de tant de Mondes,
& de tant d'hommes si différents. L'a-
veuglement de ce peuple est si grand,
qu'ils croyent infailliblement ce que je
viens de dire ; leur folie va encore (la-
vant que de mettre de semblables pein-
tures dans leurs temples, d'estre si su-
perstitieux que de s'amuser à laphisio-

nomie des tous ceux qu'ils voyent, &
de croire enfin que sélon les marques
qu'un chascun porte sur son visagc il
est sorti d'un tel ou d'un tel monde
de (Bruma, ce qu'ils tasohent de faire
voir & de persuader au monde le plus
qu'ils peuvent par leurs inepties & leurs
sots raisonnements. Jen'oublieray pas
de mettre icy une de leurs plus gran-
des resveries touchant ce sujet. Ils di-
sent qu'il y a sopt mers dans le monde JJ*sas
dontvoycy les noms ; la 1. est une mer u*
d'eau ; la 2. de laïSî; la 3. de caillé; la 4. tTz-
de (Beurre; la 5. àzfel- la 6. de Juccre $ J^j?
la 7. de Ym. Ce n'est pas tout, ils disent de cai
que la mer d'eau a 5. Paradis, que cel- de fe»
le de lai&apour partage les Religieux,
& les Sacrificateurs qu'ils appellent?!?- Lad
gues, & celle-cy elt nommée la gloire ha7.
de St¥éH. La 3 a une gloire qui est di-vis1'
te dïvenderen, & celle-cy n'est que pour
les personnes qui se plaisent aux plai-
sirs sènslbles, matériels, & qui regar-
dent le corps ; la 4. a une gloire qui
est intitulée de 'Bruma pour les heu-
reux & les fortunés , la 5. a une
gloire qui porte le nom de Vifnu, &
celle-cy est pour les misericordieux;
la 6. qui pofîède la gloire de Cuila-
fan, est pour les aumosniers, & les libé-
raux ; enfin la 7. qui pofîède la gloi-
re appellée Vajacandam, est pour tous
les riches & pour toutes les person-
nes qui abondent en toute sorte de
biens.
Un des points fondamentaux de
leur croyance est que tous ces lieux de
délices, hors du'premier, regorgent de
toute sorte de plaillrs, chascun comfor-
mement à la nature de la liqueur qui
les constituènt tels qu'ils se les persua-
dent ; 8c sélon une certaine proportion
harmonieule ; de sorte qu'à leur advis,
ils arrivent dans cet estat de perfection
que les Grecs appellent $&o[Aoç(p6d(jiÇ
& sui vent ainsy pas à pas les maximes
& la doctrine des Egiptiens ; quoyqu'a
la vérité elle soit à desmi corrompue
par
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