Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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La C h i n

sènsibles à la compassion, pour le re-
gard de ces arbres, c'est qu'outre la cro-
yance qu'ils ont, qu'il y a des ames là
dedans, ils se persuadent que la recon-
noissànce les oblige d'en user de la sorte ;
parcequ'ils se voient à couvert des ar-
deurs du Soleil & des excessifves cha-
leurs de lesté parleur verdure, & par
leur feùillage,quand la necessité de leurs
affaires les oblige d'estre à la campagne.
Une plus Ceux qui ont une veuë plus subtile
sagePhi- t • -r • r
losophie; ou du moins qui rationnent moins lot-
quoyque tement que les autres, ou qui font estat
tousjours ï • \ i r • •
ridicule, d avoir une Philosophie plus ipirituelle
& mieux raisonnée dilènt, que l'hom-
me sètransforme réellement dansl'ob-
jet qu'il s 'est imaginé, & qu'il a une fois
conceu j de façon que toute sorte d'a-
ction venant à céder, ilnereste plus de
vie à l'homme ; ce qui ne se doit pas en-
tendre seulement de l'entendement, &
de la volonté, mais encore de la puissàn-
ce que la philosophie appelle cognofcitu
ye ou connoisfance, comme aussi de l'a-
petitive, &delaphantastique. llsad-
jouténtencore que quand l'homme est
parvenu à cette haute esseuation d'e-
sprit, qu'il est extatique, & qu'il est met
me réduit dans une certaine grosïïereté
& stupidité qui le rend insensible,il pas-
sè d'abort pour estre bienheureux, & est
mis au nombre des (pagodes. C'est pour-
quoy de femblables Pagodes (quoyqu'ils
ne voyent,ny n'entendent, ny ne fassent
aucune fonction) estant comme des sta-
tuës, ne restent pas d'entendre & de
voir 5 mais d'une façon toute surnatu-
relle& divine qui leur est propre,- par-
cequ'ils sont absorbés dans un certain
ravisiement,& qu'ils sont extalè. Voyla
la méthode avec laquelle ils ont accou-
stumé de rcspondre & de soustenir la
vie des Pagodes & de ces Idoles contre
ceux qui les impugnent fortement. Je
metray icy un exemple illustre de cette
oppinion sorte & ridicule de lametem-
psicose des Chinois, que j ay leu, & que
vous pouvés voir plus au long ches le

ILLUSTREE
Bollandus dans le bel ouvrage qu'il ^"^T
a fait de la vie des S S. Tome i. le 15. du rabiede"
mois de Janvier chap. 4. &dans la vie sice0sc»s'
du 'Bienheureux Oderic (Religieux de t Ordre riv^è
Seraphique de S.François. Il dit donc que e, ^su
le B. Oderic, dont nous parlons, passant
par Camjanam^ai est une ville du royau-
me de la Chine) fut sollicité par un Chinois
de venir voir une chose extraordinaire,
&desè donner un peu de temps pour
consîdererun spe&acle inouy à tous les
sîecles passés;à quoy ce Bienheureuxiraw
cijcain consèntit agréablement, croyant
estre obligé d'avoir de la complaisancc
pour un homme qui pretendoit luy don-
ner du plaisir. Il le conduit donc dans
un monastere de certains Religieux que
je croy estre des (Bonnes ; ou ils ne furent
passitost arrivés, qu'un de ces Religi-
eux porta deux grandes corbeilles plei-
nes de toute sorte de vivres dans un ver-
ger qui joignoit le jardin, au milieu du-
quel il y avoit une agréable petite mon-
tagne toute couverte d'arbres. Oderic en-
tre avec le Bon^e, lequel commença à
sonnerune petite clochette,qu'il portoit
tousjours avecsoy, & d'abort il y eust
une si grande quantité de toute sorte
d'animaux, qui venoient à troupes vers
cet homme, sçavoir des Chiens ^ des Chats^
des Singes ^des Chèvres, des (Pourceaux, Se
plusieurs autres especes, qu'il y en avoit
plus de trois mille, lesquelles sans s'ef-
faroucher nullement resterent devant
leur nourricier, julques à ce qu'il leur
eust distribué leurs portions (sélon la
nature d'un chaseun) qu'ils mangèrent
chaseun en repos, & enfin julques à ce
que ce mesme Bonze sonna encore de-
rechef la mesme clochette qu'il leur a-
voit fait entendre pour les appeller : car
pourlors, elles se retirèrent prompte-
ment chaseune dans sa tanière & dans
les lieux les plus socrets de la montagne.
Un semblable spectacle causo un tel e-
stonnement à Oderic, qu'il ne peut pas
s'empesoher de luy tenir ce diseours.
Mon frère ! je voudrois bien sçavoir

que

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