Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

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La Chine Illustrée

ce qu'on observe exactement ; puis-
qu'on jette tout le fardeau du Gouver-
nement sur ces doctes personnages, &
puisqu'on donne l'intendence de tout
ce qui concerne son bien & son avan-
cement à ces grand hommes, qu'on ap-
pelle Mandarins (c'est à dire Présets ou
Gouverneurs des Villes, Se des Provin-
ces,) lesquelsontune certaine subordi-
nation entre eux qui les distingue & les
diffèrentie sélon leur qualité, sans que
leur diversité cause du desbrdre au Roy-
aume, ny de la confusion aux affaires :
c'est une chose merveilleuse de voir que
quoyqu' il y ait quantité de ces Offi-
Tu?scpas c*ers» "en ne se fait nynesetraitte que
?e dans le le Roy n'en ait la connoisîànce par le
estS™0 moy^n àts Mandar'ms^ûwy eserivent
du%. jusques aux moindres affaires, à quoy
il reipond comme il le juge à propos,
& vous sçaurés en parlant que les re-
sponces qu'il fait & les ordres qu'il don-
ne sont receus avec tant de soûmission
& de respet de toute sorte de person-
nes, qu'ils tiennent lieu deloix: desor-
te que pas un ne peut s'exempter d'e-
xécuter ponctuellement Se au plutost
(sous peine de casàssion Se de pri vation
d'office, qui est le plus grand affront
qui puisse jamais arriver aux Chinois)
les commandemens que le Souverain
Dictateur leur fait, & les commisîlons
qu'il leur donne. La Police est si gran-
de dans ce grand Estat, qu'il n'y a point
de recoin si caché, ny de lieu si esloi-
gné, lequel ne fasïè sçavoir à son Prince
(par le moyen des Mandarins Cotais) les
desïèins des étrangers, & ce qu'ils tra-
ment contre le Royaume, comme aussi
cVinformer saMajesté tant delà fidéli-
té, & de la diligence de ses Mandarins
à bien faire leur devoir, que de leur
négligence â s'acquiter dignement
de leurs charges, & aussi de la tyran-
nie Se de l'oppression qu'ils font souf-
frir au peuple : ce qui fait que tous
ceux qui sont essevés à ces supre-
mes dignités «ont jamais dégardny a

leurs amis, ny a leurs parens, pour ce
qui est de leur devoir; mais s'attachent
tout autant qu'ils peuvent à se rendre
irreprehensibles dans leurs fonctions,
& à s'acquérir de l'honneur Se de la
gloire dans l'exercisse de leurs charges
(crainte de la punition & du blasme
qui les attend,s'ils font autrement). Ce-
la citant ainsi, il faut que vous sçachiés
qu'une des principalles maximes de
l'Estat, 8e une loy fondamentalle de
cete Monarchie, est de ne souffrir pas
qu'aucun estranger ait un libre accès
dans les terres de cet Empire, & de ne
permettre pas qu'aucune autre nation
que la leur y puissè faire non seulement
la demeure : mais encore y entrer, Se
y sejourner quelque jour j c'est pour-
quoy, comme ce règlement est si sève-
rc, Se que les Mandarins sont si occulés
& si .exacts à la faire observer, il ne
pouvoit estre que très difficille, pour
ne dire pas tout à fait impossible à nos
Pères d'y avoir de l'accès & d'y entrer
comme ils desiroient. En effet, ils eu-
rent bien tant d'obstacîes à vaincre, &
tant de difficultés à surmonter pour la
dispence de cette loy, qu'ils travaillè-
rent plusieurs années pour obtenir cet-
te grâce, 8e pour faire que cet ordre si
régulièrement observé ne fût plus si
rigoureux à leur esgart, ce qu'ils obtin-
drent enfin après beaucoup de travaux
& de fatigues ; comme vous avés peu
voir cy desFus, & comme il est fâcille de
remarquer encore dans l'HiJîoire de la.
Chine, mise au jour par plusieurs per-
sbnnes ; sans quoy on n'auroit jamais
peu venir à bout du dessein qu'on avoit
de preseher l'Evangile à ce peuple in-
fidelle, & à cette nation ensevelie dans
les ténèbres de la gentilité : que si cet
obstacle n'eut pas estélevé par une grâ-
ce singuliere du ciel(comme il a esté dit)
il y en eût eu d'autres qui n'auroient
pas esté moins diffieilles à surmonter
que le premier/ça voir celuy d'entendre
Se de parler le langage du pais} qu'on
ne

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du Roy-
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