Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

Page: 275
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me vertu , & qui par consequant ont
le mesme effet sur le tigre que le fi-
guier sauvage sur le taureau. On
ne sçauroit jamais croire combien est
grande la vertu des plantes de ce pais
là, ny combien elles ont de proprie-
tés merveilleuses ; c est pourquoy je
renvoyé le curieux au monde ibuster-
rain, où j'en ay amplement traitté.
Il y a d'autres ierpents dans la Chi-
ne dont le venin est irrémédiable. Le
premier de ceux-cy s'appelle Cobra de
Cabelos ; c'est à dire serpent chevelu,
dont nous avons amplement parlé
dans les traittés précédents où nous
avons difcouru du Royaume de Mo-
gpr. Le sécond a un venin si subtil &
si dangereux, qu'une personne meurt
dans deux ou trois heures après avoir
csté piquée, si nous en croyons la Flo-
re Chinoife. Ce ferpent est tout à fait
recherché dans ce pais, & est fort pré-
cieux aux habitans de ces contrées, tant
à cause des merveilleux effets qu'il a,
que des bons médicaments qu'on en
fait, dont voici la composition. L'on
met le serpent dans une bouteille de
verre ou un autre vase plein de bon
vin, en telle sorte qu'il ny aye que la
teste qui sorte par quelque trou hors
du mesme vase , après quoy, il faut
mettre le pot sur le feu jusques à ce
que le vin venant à bouillir & le ler-
pant ayant vomy tout son venin, on
luy coupe la teste, &on garde sa chair
qui est si salutaire aux malades, qu'on
peut l'appeller un antydote excellent
contre toute sorte de maux.
L'Océan de la Chine produit des
tortues si grandes, au rapport âel'Jt-
las y qu'à les vois de loin on les prend

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bien souvant pour des rochers. La
Flore Chinoije racomte que Ton trouve
des tortues de diversès couleurs dans
le Royaume d'Honam , & qu'il y en
a quelques unes qui sont vertes, d'au-
tres qui (ont bleues, & d'autres en-
fin qui ont les pieds attaches aux ai-
lles : afin qu'à la faveur de celles-cy,
elles puilîent marcher moins lente-
ment qu'elles ont accoustumé de fai-
re. Jadvoue que j'aurois de la peine
à croire qu'il y eut des tels animaux,
qui eussènt des aisses, veu que cela
lèmble répugner à la nature de cet a-
nimal. Il est vray pourtant, que je
n'aurois pas fait disficulté de croire
qu'elles eustènt quelques chose aux
pieds, qui rellèmblent à des branches ;
pareeque ces animaux ont tousjours
accoustumé d'avoir leurs pieds mouil-
lés de quelque humeur visqueuse (com-
me il paroit dans la figure) laquelle
avec le temps s'estend en mode de
cartilages, dont la forme est sèmbla-
ble à des petites branches, lesquelles
leur servent plutost pour sauter que
pour voler. Voyla de la façon que
les hommes doctes & sàges décou-
vrent , par le moyen d'un long estu-
de, le contraire de ce^que le vulgaire
tenoit pour une vérité infaillible.
C'est tout ce que j'ay peu appren-
dre des raretés de la Chine , que j'ex-
pose aux yeux de tous les curieux ; a-
fin qu'ils admirent la merveilleuse di-
Iposition de toutes choses aussi bien
que la lage conduitte de Dieu à or-
ner le monde, & de louer enfin sa
bonté qui les a produittes, & les
gouverne avec tant de douceur, &
d'amour.

Mm 2

C H A P.
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