Kircher, Athanasius ; Alquié, François Savinien d' [Transl.]
La Chine d'Athanase Kirchere: illustrée de plusieurs monuments tant sacrés que profanes, et de quantité de recherchés de la nature & de l'art — Amsterdam, 1670

Page: 287
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D'AïHANASE
qu'il y a , comme dans ISLanquin d'An-
ckuj & quelques autres. Mdrc&attl Vé-
nitien confirme cecy, lorsqu'il parle de
la ville de Quinfay.
I. Le premier pont qu'on appelle
Loyang, qui est dans la Province âcFo-
kien est basti avec tant d'artifice , que
sa structure surpasse tout ce qu'on
pourroit s'imaginer de plus admirable;
aufîi eft-ce l'ouvrage d'un Prefect nom-
mé Qayang. Sa longueur excède celle
de 360 perches, & sa largeur est d'u-
ne perche & desmië. Comme les na-
vires qui passoient en ce lieu couroient
souvent risque de saire naufrage, à rai-
son des ssots violants qui y sont, onse
resbîût de saire ce pont, àlabatiûe du-
quel on employa quatre millions d'or.
l'Atlas en parle en ces termes. Le pont \
Loyang qui appartient à la Ville de Barro-
lybicam ejl fur la riYiere dont il porte le
nom. On l'appelle encore pont de Vaugan.
VnprefeSl nommé Layan l'afait baflir com-
me il ejl. Sa longueur ejl de trois cent per-
ches, è fa largeur d'une & de/mit. Ayant
qu'on ïeufl fait baflir, les naVirts poWVoïent
pasjer par là ; mais ce nefloit pat fans dan-
ver ; puisque beaucoup y f ai/oient naufra-
ge à raifon de l'agitation des flots qui y
eft asfés ordinaire. Cayangus defireux
du Jalut des peuples , @ principalement de
fa nation, délibéra des moyens qu 'il faîoit
prendre pour baflir un pont m cet endroit:
mais comme il îwyoit que cette entreprife
(cmbloit furpasfer les forces de la nature,
tant à caufe de la profondeur des fes fonde-
ment s qu'il faMtjetter, que pareeque la hau-
teur eftoit extraordinaire, il invoqua le gé-
nie ou l'esprit qui gouverne la mer ; afin de
retenir layiolence des flots, & fa prière fût
exaucée , s'il ejl permis de le croire : caria
mer ejlant devenue' calme, les flots de cette
reViere le furent aufs'i pendant 21 jour
qu'on jetta les fondements de ce fuperbe edis-
fîce, lequel a cou fit quatre milions dor pour
le f lire baflir: Voyla ce qu'il en dit. Lais 1
sons maintenant toutes ces fables, &
parlons d'un pont tout à fait digne d'ad-

KlRCHERÉ. 287
miration. Je l'ay veu deux fois dit l'At-
las , & ay observc tout ce qu'il y avoit
de remarquable. Il est basti de pierre
de taille, qui est un peu noire* Il ny a
point d'Arc ny de voûte; mais ledes
sus, qui est plat & uni, est soustenu par
trois cens piliers faits de plu sseurs pier-
res d'une extrême grandeur, dont le
bas represente la figure d'un navire, &
les extrémités së terminent en pointe ou
en esperon ; afin qu'ils puissènt mieux
fendre la rapidité des eaux, & resister
avec moins de peine a la violence des
ssots. Le haut de ce mesme pont est
disposé comme vous allés voir. Il y a
1500 pierres, longues de 11 de mes
pas communs, lesquellcs ont tout au-
tant de largeur & d'espaiûeur. Toutes
ces pierres ou pour mieux dire ces pou-
tres sont 11 esgalles, qu'on ne sçauroit
îe le persuader, Se c'est une merveille
de voir qu'on a peu trouver tant de
pierres d'une telle grandeur. Toutes
ces machines & ces lourds fardeaux, qui
servent de plancher à ce pont, sont sbu-
stenuès par ces piliers, & sont rangées
avec tant d'industrie, qu'il est incro-
yable. Il y en a cinq d'un pilier à l'au-
tre^ quoyque la largeur du pont d'eût
oster toute sorte de crainte de tomber
dans l'eau à eux qui passent par là, on
a osté cette apprehensîon aux passàns,
en faisant bastir une muraille ou pour
mieux dire un garde fou orné de mille
figures, de lions, Bec. & de plusieurs
autres ornements ; afin desviter ce mal-
heur. Je ne fais pas icy la deseription de
tout ce bastiment j ;>ur n'estre pas en-
nuyeux : ainsi je me contente de dire
ce qui est entre le village de Logan, 8c
le chasteau qu'on a basti sur ce mesme
pont; pareeque l'autre moytié estsêrn-
blable à celle-cy. On ne doit pas estre
surprissi la despence qu'on a faite pour
bastir un si superbe cdisslce est si mé-
diocre ; puisqu il est vray que 'c'est la
coustume parmy les Chinois , que tout
le monde est obligé de venir travailler
gra-
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