La chronique des arts et de la curiosité — 1910

Page: 142
DOI issue: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/cac1910/0152
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
142

LA CHRONIQUE DES ARTS

Académie des Inscriptions

Prix. — L’Academie décerne sur le prix Prost
(1.200 francs : Antiquités du pays messin) : 400 fr.
à M. Sadoul, directeur de la revue Le Pays lor-
rain ; 400 francs à M. Thiria, directeur de la revue
L'Austrasie.

Un petit monument grec. — M. Bernard Haus-
soullier présente un charmant petit monument
grec de la collection G. Schlumberger. C’est un
cadre en plomb où sont représentées des lionnes
dévorant des béliers. Une inscription apprend que
les lionnes désignent des courtisanes de Corinthe
et les béliers leurs amants à la riche toison à ton-
dre. Au centre du cadre était peut-être le portrait
de la courtisane.

M. Collignon observe que l’emblème du lion dé-
vorant un bélier a été exprimé par la sculpture
grecque : le musée d’Athènes en conserve un exem-
ple. Cet emblème familier caractérisait la sépulture
des courtisanes, au témoignage de Pausanias.

M. Clermont-Ganneau exprime et motive l’avis
que le cadre dont il s’agit devait entourer, non pas
le portrait de la courtisane, mais le miroir de verre
mince et convexe, rempli de plomb coulé et poli,
où elle pouvait voir elle-même son visage.

Monuments puniques. — Le directeur des anti-
quités de la Tunisie annonce à l’Académie la dé-
couverte d’un caveau funéraire à Ksour-es-Saf
(Tunisie). Ce tombeau, qui affecte la forme usuelle
des sépultures puniques, contenait quelques vases
de terre cuite, un sarcophage en bois avec un
squelette et, dans une niche spéciale, une cuirasse
en bronze, de style italiote contemporain de la se-
conde guerre punique. On suppose qu’il s’agit de
la tombe d’un mercenaire.

•-j-t-

Société des Antiquaires de France

Séance du 20 avril

M. le baron du Teil présente deux photographies
du Christ descendu de la Croix, l'une d’après une
terre cuite conservée à Newton Manor dans la col-
lection Robinson, l’autre d’après un bronze lui
appartenant. Le premier de ces deux objets est
une œuvre de Michel-Ange, le second reproduit
une maquette ignorée ou égarée de ce maître. On
peut les l’approcher d’une esquisse du torse du CTin’si
mort conservé au Louvre; ils rappellent l’Adam delà
Naissance d'Eve de la Sixtine, et le Crépuscule
du tombeau de Laurent deMédicis. Ces deux objets
aident à saisir les étapes intermédiaires de la pen-
sée de Michel-Ange s’appliquant à exprimer l’épi-
logue du drame du Calvaire, entre la Pietà de
Saint-Pierre du Vatican et la Descente de Croix
du Dôme de Florence.

M. A. Boinet étudie les grandes statues abritées
dans les niches des contreforts de la tour nord de
la façade occidentale de la cathédrale de Bourges.
Ces statues datent du milieu ou du troisième quart
du xme siècle : elles proviennent des deux portails
situés à la base de la tour et reconstruits dans le
premier quart du xvi6 siècle. Ce sont;pour la plu-
part, de purs chefs-d’œuvre qui ont passé jusqu’ici
inaperçus : ils soutiennent la comparaison avec
les statues les plus vantées de Reims.

M. Héron de Villefosse communique la photo-

graphie d’une fontaine romaine en marbre blanc
trouvée à Beaurepaire (Isère), près de la voie ro-
maine. Elle décorait probablement l'atrium d’une
riche villa. Une grande coquille recevait l’eau qui
se brisait ensuite sur une série de petits gradins
avant de tomber dans le bassin inférieur. Ce motif
central est accompagné, à droite et à gauche, d’un
eufant nu et ailé, portant une urne sur l’épaule
droite, d’un caractère très gracieux.

M. de Villefosse annonce, de la part du R. P.
Delattre, la trouvaille, à Carthage, d’une lampe de
terre grise, munie d’un anneau et décorée d’un
léopard. Comme marque de fabrique, elle porte le
nom Aniciorum, célèbre aux iv° et v° siècles. On
sait que l’illustre famille des Anicii possédait de
grands domaines en Afrique. D’autre part, un
fragment de tablette, trouvé à Gamart, paraît
prouver que la nécropole de cette localité était
juive.

M. de Mély signale un mémoire que consacre,
dans la Nature, à la comète de Ilalley M. Jean
Mascart, où est reproduit le fragment de la tapis-
serie de Bayeux qui représente le passage de la
comète en 1066. Cette représentation tend à prou-
ver que la tapisserie de Bayeux a bien été tissée
peu après cette date,

REVUE DES REVUES

O Journal des Débats (24 avril). — Notre érudit
collaborateur, M. Paul Leprieur, conservateur du
département des peintures au Louvre, publie dans
ce numéro un long article où est étudiée dans tous
ses détails, la question, si débattue ces derniers
temps, de l’authenticité des deux panneaux de
Watteau, l'Enseigne de Gersaint, appartenant à
l’empereur d’Allemagne et qui viennent d’être expo
sés à Berlin. On y trouvera, impartialement relatés
et discutés de façon rigoureusement scientifique,
tous les arguments produits en faveur ou à l’en-
contre de cette authenticité, qui, finalement, ne
semble à M. Leprieur pouvoir faire aucun doute.

BIBLIOGRAPHIE

La Peinture en Basse-Provence, à Nice et en
Ligurie depuis le commencement du qua-
torzième siècle jusqu’au milieu du sei-
zième, par Thomas Bensa. S. 1. n. d. [Cannes,
imp. V. Guiglion]. In-4°, 178 p. av. 1 planche.
L’Exposition des Primitifs français et les pa-
tientes recherches de l’érudit chanoine Requin ont
mis en lumière la belle floraison d’art qui se pro-
duisit en Provence au xve siècle, principalement
sous le gouvernement du bon roi René; mais bien
des noms et des œuvres d’artistes restent encore
dans l’ombre. M. Thomas Bensa, conservateur
adjoint du musée de Nice, lui-même descendant
des Bensa qui, vers 1450, décoraient les chapelles
de la région, s’est appliqué à retrouver et à sauver
de l’oubli les peintres qui, du xiv* siècle au xvie,
s’illustrèrent à Marseille, à Nice et sur la côte
ligurienne, et il en a dressé une longue liste ac-
compagnée de documents précis. Entre tous ces
artistes, deux surtout valent d’être tirés hors de
pair : Jean Miralhet, de Montpellier, qui travailla
loading ...