La chronique des arts et de la curiosité — 1910

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ET DE LA CURIOSITE

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■et a pris les dispositions nécessaires pour que
ce monument restât en Espagne.

*** M. Edward Robinson vient d’être choisi
comme directeur du Metropolitan Muséum
de New-York, pour succéder à sir Caspar
Purdon Clarke. Il était, depuis février 1906,
sous-directeur de ce musée. Précédemment il
avait été directeur du musée des Beaux-Arts
de Boston. C’est un des archéologues les plus
estimés d Amérique.

PETITES EXPOSITIONS

Exposition Henri-Edmond Cross
(Galerie Bernheim)

Cross est mort le 16 mai 1910. C’est en 1892, dans
le Midi où des rhumatismes le contraignirent à
vivre, qu’il se convertit à la technique du pointil-
lisme, technique que Seurat, mort en 1891, et Signac
avaient pratiquée depuis 1884. Dans une très intéres-
sante préface. M. Maurice Denis a marqué l’évo-
ution du talent de Cross dans ces dernières années.
Pour celui-ci, comme pour tant d’autres artistes que
l’on nomme révolutionnaires, la classique Italie
fut la grande révélatrice. En 1904,il alla à Venise;
■en 1908, en Toscane, en Ombrie et à Home. Dès
lors il stylise et rythme les formes ; il assouplit
son procédé en élargissant sa touche; il rend la
lumière non plus par la décoloration, mais par le
contraste des teintes ; jamais il n’est plus vraiment
peintre que dans ces six dernières années. C’est de
cette époque que datent les quarante tableaux
exposé- aujourd’hui.

Ils donnent une très belle idée de son talent.
On se souvient de ce qu’il avait d’éblouissant ;
mais ou se rappelle aussi un peu de monotonie et
d’égalité dans le dégradé des teintes, une absence
de plans gênante, et quelquefois une complication
dans le motif qui suspendait l’émotion. Ici rien de
pareil. On ne peut guère voir de paysage plus
•établi, plus large et plus fort, plus aéré et plus
simple que la toile traversée de cyprès bleu
sombre et qui appartient à M. van Ilyssel-
berghe. En même temps Cross apparaît comme
un admirable peintre de figures : voyez la figure
un peu lourde, mais si bien dessinée, intitulée
Le Miroir ; voyez la Fillette au jardin avec sa
robe rouge: la figure est faite de deux tons, un
rose et un complémentaire vert clair, employé très
discrètement, par petites touches; mais dans cette
simplicité, dans cette interprétation, qui semble
■d'abord si libérée du réel, quelle vivante vérité,
quelle certitude de l’effet, quelle plénitude ! Et
quelle délicieuse chose encore que les petites
figures intitulées Nu et qui appartiennent à
M. Maurice Denis !

Une vingtaine d’aquarelles complètent l’expo-
sition. Ce sont pour la plupart des indications
écrites du bout d’un libre pinceau, qui court avec
une grâce un peu graphique, mais extrêmement
agréable, et trace des silhouettes de pins bleus
devant les fonds clairs des collines.

Exposition Marcel Lenoir et Joseph Bernard
(Cercle International des Arts)

Le grand intérêt de l’exposition de M. Marcel
Lenoir, qu’on connaît surtout comme un peintre

idéaliste et mystique, est de nous montrer, au
contraire, du travail fait devant la nature. Il met de-
vant nos yeux une série d’études peintes en Langue-
doc, d’un ample coup de pinceau, très gras, très lu-
mineux, posé et laissé dans la forme. La couleur
en est éclatante et simple. C’est l’air et le ciel du Midi.
Telle est une étude de l’Aveyron. Telle est encore
celle d’une ville aux toits rouges dans un terrain
blanc. D’autres études sont plus faites, quelquefois
très fines : telles sont plusieurs études de vieilles mai-
sons. Il y a aussi quelques bons portraits en fortes
touches.

De l’œuvre idéaliste du peintre, il n’y a là que
deux toiles : l’une est une figure d’une suavité et
d’une paix extrêmes, qui se nomme Le Bénédicité.
L’autre est une grande toile encore inachevée, où
toute l’humanité en trois groupes est représentée
avec ses dieux : à gauche, l’Amour, élevant ses
figures aux divers étages d’une tour sombre ; au
centre, ceux qui adorent les dieux de la pensée ; à
droite, les révolutionnaires; le tout mêlé d’archi-
tectures et de symboles, — mais aussi d’une belle,
claire et savoureuse qualité.

L’exposition se complète par une suite de
dessins, les uns très poussés dans le style de la
Renaissance italienne, les autres réduits à des
croquis de mouvements, parfois très beaux et très
pleins.

Le sculpteur Joseph Bernard a ajouté à cette
exposition quelques bustes, et de très intéressants
dessins.

Expositions Mauclair, Maries Robert
et Reboussin
(Petit Musée Beaudoin)

M. Camille Mauclair, avant de composer des
nouvelles d’un sentiment pathétique, avait donné
un très beau livre, Le Soleil des Morts, où parais-
saient de rares qualités d’artiste. Il était extrêmement
intéressant de voir une exposition de ses pastels.
Elle est agréable de ton. Mais ce n’est pas un très
grand effort, malgré le grand nombre des toiles.
Il y a là des fleurs aimables, mais un peu dé-
pourvues de réalité ; des inté rieurs gracieux, mais
d'un dessin tout à fait insuffisant. Les paysages
ne sont pas très bons. Mais, au total, l’œil est sen-
sible, et la vision vaut mieux que la traduction.

Dans la même galerie, deux jeunes gens expo-
sent en même temps. M. Marins Robert et M. Re-
boussin n’ont atteint ni l’un ni l’autre la trentaine.
M. Marius Robert a envoyé principalement des
aquarelles de rochers et de vagues, dont il n’y a
pas grand’chose à dire. M. Reboussin peint des
bêtes des bois, des aspects de forêts, quelquefois
un peu devant la mer. C’est assez bien établi, un
peu sec, et souvent compliqué. Un tableau qui
représente un sommet caillouteux de montagne est
assez bien venu. A l’un et à l’autre de ces adoles-
cents, un peu de recueillement serait peut-être
utile.

Exposition Ben venu to Crispoldi
(Galerie Allard)

Ce qu’il y a de mieux dans l’exposition Cris-
poldi, c’est assurément, avec une copie de Pintu-
ricchio (une tête de Vierge, d’une suavité char-
mante), les souvenirs des maîtres ombriens qu’on
retrouve de-ci de-là, par exemple dans ud portrait
de fillette en rouge, ou dans ce grand triptyque
des Fleurs du mal, dont le panneau central est une
assemblée de squelettes en soutane, et qui a bien
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