La chronique des arts et de la curiosité — 1910

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ET DE LA CURIOSITÉ

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Le Transfert du Musée de Tours
et les Collections tourangelles

Fermé depuis le 19 septembre, le Musée munici-
pal de Tours s’est rouvert le 1er novembre, dans l’an-
cien palais de l’archevêché. Il faut penser beaucoup
de bien de ce transfert et en présager davantage
encore. Exécutée dans un délai remarquablement
court, l’installation ne saurait être considérée comme
terminée et comme définitive. Les dispositions gé-
nérales en sont excellentes. On a rangé au rez-de-
chaussée les faïences, miniatures et émaux anciens
ainsi que deux vitrines de porcelaines de Sèvres
modernes ; à la suite une salle spéciale a été
affectée aux faïences du pays sorties des ateliers
d’Àvisseau. Au premier étage, la salle synodale a
offert aux sculptures un lieu de réunion approprié ;
tout n’est pas encore en ordre ; la grande baie d’où
viendra la lumière latérale et qui apporterais clartés
indispensables n’est pas ouverte. Dans la répartition
des peintures, il y a quelques réussites heureuses :
en particulier, dans des salles aux tentures et aux
lambris clairs, le groupement des tableaux fran-
çais du xvme siècle qui constituent une des riches-
ses du musée. Les œuvres des autres écoles et des
autres époques sont moins heureusement présen-
tées et le choix se ressent du désir de rouvrir au
plus vite le musée dans une ville où les visiteurs
de passage sont nombreux.

Les remaniements pourront se faire peu à peu.
L’arrangement de la salle où se trouvent les Bouf-
fons d’Eugène Delacroix doit n’être que provi-
soire. Sauf le Portrait d’Alphonse Legros et les
Cavaliers de John-Lewis Brown, les autres ta-
bleaux sont tout à fait indignes d’entourer un tel
chef-d’œuvre. Si l’on ne pouvait rapprocher des
Bouffons la significative copie d’Andrieux d’après
Sardanapale (1), il semble bien que dans leur voisi-
nage eussent dù prendre logiquement place les
deux portraits de Balzac par Louis Boulanger et par
Court et même le Velpeau à la Charité, toile de
belle tenue, le meilleur ouvrage de Feyen-Perrin
à coup sûr.

Des peintures importantes sont à peine visibles
dans des salles obscures ; d’autres insignifiantes
usurpent les plus belles places. Mais peut-être, dans
l’état actuel des choses, le plus grand mal vient-il du
manque de classification: les ouvrages d’un même
peintre ne sont pas toujours réunis ; les originaux
sont confondus avec les copies, les modernes avec
les anciens : Lansyer voisine avec le Guerchin,
M. Roger Jourdain avec Pierre Lenfan t, M. Boutigny
avec Court. Nul doute que le zèle du conservateur
n’apporte à ces errements passagers des correctifs
utiles, faciles. M. Chiquet saura aussi donner à
certaines peintures les soins de propreté élémen-
taires qu’elles réclament et obtenir que le fonc-
tionnement du calorifère garantisse la bonne con-
servation de peintures, d’autant plus sensibles
qu’elles doivent s’accommoder à des conditions
d’ambiance nouvelles.

D’autres avantages résulteront de ce transfert.
Déjà l’on parle de consacrer une salle du second

(1) Rassurons ceux qui croient l’original « passé
à l’étranger » : après avoir appartenu à l’expert
Ilaro, il est entré, depuis de longues années,
dans la collection d’un amateur de Paris, chez
qui on le voit encore aujourd'hui.

étage à un ensemble de reproductions d’après Jean
Fouquet. Il faudra se préoccuper de transporter
dans les locaux disponibles de l’archevêché ce
qu’il y a encore de dessins, de peintures, et sur-
tout de sculptures et d’œuvres d’art dans l’ancien
musée. Dès 1905, M. Paul Vitry insistait sur la
nécessité de « débrouiller le chaos des documents
archéologiques entassés sous l’escalier » ; son vœu
reste toujours à exaucer : il faut l’étendre aux
ouvrages exposés dans l’escalier et, de façon géné-
rale, à toutes les collections de la Société archéo-
logique : ce qui est entassé à la suite du musée
d’histoire naturelle, dans les deux salles du second
étage, est à peine visible. Si l’on connaît la
Vierge de douleur, presque tout le monde ignore
l’admirable buste de La Faye, par Caffieri (1).
Que d'autres révélations favoriseraient encore
une mise en lumière rationnelle et un clas-
sement bien ordonné ! Quand une municipalité
a donné l’exemple d’une initiative si heureuse et
si féconde, on est fondé à beaucoup lui demander
et à tout en espérer.

R. M.

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REVUE DES REVUES

X Volne Smery (XIIIe année, 1908-1909, n° 1).

— Publication d’extraits du Journal de Delacroix
(continuée dans les livraisons suivantes), — et
articles du peintre Jiranek sur Le courage de la
sincérité en art ; — de M. G. Moore, sur L'Orga-
nisation de l’art; — de M. K. Scheffler sur le
Zwinger de Dresde.

Nombreuses reproductions d’œuvres d’artistes
slaves : J, Mânes, M. Aies, J. Marak, A. Slavicek,
J. Preisler, M. Svabinsky, M. Jiranek, etc.

(N° 2). — Etudes de M. Stanislas Sucharda sur
notre compatriote le sculpteur E. Bourdelle, à
propos d’une exposition de ses œuvres à Prague
(nombreuses reproductions) ; — du peintre W.
Trübner sur Quelques idées fausses en art (article
terminé dans la livraison suivante).

(N° 8). — Rodin et la sculpture, par M. E.
Bourdelle. — Hors texte : reproduction du buste
d'Ingres de M. Bourdelle.

(Nos 4-5). — L'Art indépendant en Angleterre,
par M. S.-L. Bensusan (68 reproductions dans le
texte ou hors texte, d’après M. Ricketts, Ch. Cou-
der, Ch. Shannon, W. Rothenstein, Lucien Pis-
sarro, W. Steer, W. Orpen,etc.).

(N° 6). — Etudes de M. J. Susta sur le petit
Palais de Venise à Rome, menacé de démolition ;

— du peintre M. Jiranek sur La Peinture tchèque
moderne (article terminé dans le fascicule suivant)
(nombreuses reproductions).

(N1 * 03 * 7-8). — Résumé d’une enquête ouverte près
d’artistes et écrivains de tous pays, sur les statues
du vieux pont Charles à Prague, qu’on avait
projeté d’enlever.

(N03 9-10). — La Synthèse d’art du xviii8 siècle,
par M. Camille Mauclair. (33 reproductions d’œu-
vres de Watteau, Chardin et Fragonard.)

(N° 11). — Etudes de M. Maurice Denis sur
notre compatriote le sculpteur Maillol (11 repro-

(1) On trouvera de ce buste un croquis jeté par

Gabriel de Saint-Aubin dans les marges (p. 84)

du livret du Salon de 1769, qui appartient au

Cabinet des estampes.
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