La chronique des arts et de la curiosité — 1911

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LA CHRONIQUE DES ARTS

Séance du ier février

Ont été élus associés correspondants nationaux :
MM. Germain de Montauzan, de Lyon; Thomas
Bensa, de Nice ; le marquis de Tryon-Montalembert.

M. V. Chapot a commenté ensuite une épitaphe
qu'il a relevé à Eybens (Isère), où il a trouvé la
dédicace sub Ascia. Uascia était le marteau de
tailleur de pierres; il y voit un symbole religieux
qui semble se rattacher à la religion gauloise et
principalement à la région lyonnaise.

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CORRESPONDANCE DE BELGIQUE

Si l'abondante participation des musées princi-
paux de l'Europe à l'Exposition du Cinquantenaire
constitua un fait sans précédent, la physionomie
saillante de cette exposition était due à un ensemble
de vastes pages religieuses issues du pinceau des
maîtres marquants de l'école flamande du xvnesiècle,
et dont les administrations fabriciennes non plus
que le public n'avaient, dans aucune circonstance,
prévu le déplacement. Ce dut être, pour bien des
touristes, une déception de trouver dans les prin-
cipales églises du pays, dégarnis les autels où,
d'ordinaire, rayonnent les toiles fameuses.

D'autre part, la salle où se groupaient les es-
quisses était, par elle-même, une attraction des
plus justifiées. 11 y avait là, pour la documentation,
une source unique. Du rapprochement de tant d'élé-
ments disséminés de par l'Europe, et que nombre
de connaisseurs, même les plus avertis, avaient
jusqu'alors ignorés, aura jailli, sans aucun doute,
une lumière nouvelle et puissante pour l'étude
des maîtres que l'exposition aspirait à rassembler.

La naïve expression du regret de certains visi-
teurs à l'idée de la dislocation fatale de l'ensemble
prestigieux offert à leur admiration constitue par
elle-même une preuve de l'intérêt éveillé clans les
masses par l'éphémère rassemblement dû à l'ini-
tiative de l'Etat et à la constitution duquel furent
.appelés à concourir un groupe de spécialistes du
pays et de l'étranger.

Entre ces activités précieuses il en est une qui,
particulièrement, se signala : celle du président du
Comité exécutif, le baron Henri Kcrvyn de Let-
tenhove. Elle fut, peut-on dire, de tous les ins-
tants, et c'est à bon droit que les amis de
l'art se sont groupés pour en perpétuer le souve-
nir par une médaille. Des adhésions nombreuses
et distinguées ont répondu à leur appel. Le haut
patronage de S.A. R. la comtesse de Flandre, la
présidence d'honneur de S. A. S. le duc d'Aren-
berg, la présidence effective du ministre d'Etat
Beernaert, concourent à donner à l'hommage un
caractère en quelque sorte national.

H a été peu question d'œuvres ayant changé de
possesseurs, parmi celles qui furent exposées. Les
opérations de ce genre .i o conduisent, le plus sou-
vent, d'une manière occulte. On a parlé de la vente
en Amérique du beau Rubens de la collection
Schubart:le Bain de Diane, mais la nouvelle a été
démentie. Seuls, les musées d'Anvers et de Gand,
celui-ci grâce à la munificence de la Société des
Amis du Musée, sont entrés en possession de
certains souvenirs de la manifestation de l'an
donner. A Gand, l'on verra désormais la Flagel-

lation du Christ, que la Gazette a reproduite,,
d'après la magistrale esquisse de Rubens.

On doit se réjouir de voir définitivement acquis
au pays cet avant-projet vraiment supérieur d'un
Rubens très authentique, mais de beaucoup
moindre accent que l'ébauche jaillie du pin-
ceau do son auteur. C'est à Anvers, à l'église
Saint-Paul, dans la série des toiles figurant Les
Mystères du Rosaire, que figure l'œuvre définitive
de Rubens. Elle était d'ailleurs à l'Exposition de
Bruxelles et y brillait d'un éclat assez faible. On
lui assigne la date de J617.

Le musée d'Anvers s'est rendu acquéreur du
grand portrait équestre de van Dyck, morceau de
la période génoise. Exposé sous le n° 111, ce très
beau morceau constituait un des envois de la
maison Agnew, de Londres. Réprésenté de face,
le personnage monte un cheval alezan, vu en rac-
courci, conformément à un type assez fréquent
dans l'œuvre de van DjTck et que d'ailleurs il
emprunta à son maître. C'est une bonne acquisi-
tion, non exceptionnelle, d'ailleurs d'authenticité
indiscutable.

On sait que le3 locaux, aménagés avec tant de
goût, de l'Exposition d'art ancien n'étaient que par-
tiellement achevés au moment de l'ouverture à la-
quelle présida le roi. Destinés à l'extension du
Musée des Arts décoratifs, ils ne seront livrés à
leur affectation nouvelle que dans un temps plus
ou moins éloigné. Ce ne sera pas une des moin-
dres surprises, à ce moment, de constater com-
bien, dans leur distribution finale, ils différeront
de la physionomie temporaire née des besoins de
l'Exposition d'art ancien de 1910.

*

**

Anvers aura bientôt aussi son Musée des Arts
décoratifs. C'est la vénérable construction, main-
tenant restaurée complètement, de la Vieille
Boucherie, que la Tille a choisie pour l'instal-
lation de ce musée. Avec le « Steen », une des
constructions civiles les plus anciennes de la
ville, au centre d'un des quarliers les plus pittores-
ques avoisinant l'Escaut, la Maison des bouchers
est plus de vieille date que l'Hôtel de ville même.
Albert Durer la vit debout et achevée, au cours de
son mémorable voyage de 1520. C'est un magnifi-
que ensemble en briques alternant avec des chaî-
nons en pierre, accosté de tourelles oetgones, percé
de fenêtres à meneaux gothiques.

Nous avons recueilli de la bouche de vieux ar-
tistes, maintenant disparus, d'enthousiastes des-
criptions de sa physionomie au temps où les bou-
chers d'Anvers y tenaient leurs réunions, de son
animation encore retentissante, au temps où y
avaient élu domicile les chefs du mouvement ro-
mantique au cours des années de leur vogue.
Wappers y conduisait la phalange exubérante de
ses élèves et y créa sa grande page des Journées
de la Révolution de 1830, actuellement au musée
de Bruxelles.

Le nouveau Musée des Arts décoratifs d'Anvers
sera, en quelque sorte, le complément de son voi-
sin, le Musée d'Antiquités du Steen, bien à l'étroit
dans ses pittoresques installations.

On continue à se préoccuper, à Anvers, et certes
avec raison, de certaines détériorations survenues
aux belles fresques de Leys à l'Hôtel de ville. Il sem-
ble que, par places, le revêtement sur lequel opéra
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