La chronique des arts et de la curiosité — 1911

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N" 33. - 1911. BUREAUX : 106, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6«) 4 Novembre.

LA

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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I_,e UST-U-méro : O fr. 25

PROPOS DU JOUR

;ur la façade de l'Hôtel de ville qui
regarde l'annexe et la caserne Lo-
bau, on voit des lions majestueux
qui gardent les portes. L'imagi-
nation des architectes a conféré depuis des
siècles ce rôle traditionnel au roi des ani-
maux ; pour ne parler que des monuments
de notre pays et d'époque peu lointaine,
l'Institut a ses lions, le Louvre a les siens
qu'il doit à Barye ; l'Hôtel de ville, quand il
a été reconstruit il y a quarante années, a de-
mandé les siens au sculpteur Gain et ils
sont du plus noble effet.

Mais l'architecte ni le sculpteur qui ont
travaillé jadis à cet ensemble décoratif n'a-
vaient prévu sans doute l'usage que les
générations suivantes feraient des gardiens
superbes qui veillent au seuil du palais mu-
nicipal. Il était réservé à nos contemporains
de leur trouver un office nouveau et un peu
inattendu. On leur fait de temps en temps
porter des pancartes. Lorsque la municipa-
lité de Paris décide un emprunt et qu'une
émission d'obligations a lieu, une longue foule
environne l'Hôtel de ville. L'administration
a l'habitude de multiplier les affiches expli-
catives pour guider, rassurer, concilier le
public bénévole. Elle en met partout, et, pour
qu'elles soient plus visibles ou plus impo-
santes, elle en accable même les sculptures de
Gain. Entre les pattes du lion, le fabuliste
s'amusait jadis à faire sortir un rat et c'était
avec l'intention d'en tirer une morale. L'ad-
ministration en fait sortir une pancarte finan-
cière.

On peut penser que ce n'est pas un bien
grand crime. Mais c'est une erreur de goût
bien inutile. La place ne manque pas le long
de la façade de l'Hôtel de ville, et il existe

un large trottoir très capable de soutenir des
portants et des écriteaux provisoires. Les
moyens de renseigner le public, d'ailleurs, ne
font point défaut. Mais c'est une singulière
idée d'nabituer la foule, même aux jours d'é-
mission, à traiter à la légère les monuments
que l'on propose à son admiration. Notre
temps use et abuse des cours du soir, de
l'éducation populaire, de la nécessité de ré-
pandre le sens des beaux-arts. Il pourrait se
souvenir avant tout qu'il y a dans une ville
des objets de vénération et que les ouvrages
de l'art sont du nombre. Les lions du sculp-
teur Cain ont eu, en quarante années, l'occa-
sion de voir tant de spectacles et d'entendre
tant de paroles qu'ils sont assurément deve-
nus philosophes : depuis des siècles que les
leurs gardent les palais des maîtres de l'heure,
ils connaissent les jeux de l'histoire. Peut-
être conservent-ils une idée médiocre d'une
société où l'on ne révère pas mieux les mo-
numents et où la négligence, plus encore que
la mauvaise intention, fait quelque peu ou-
blier le goût et le respect.

NOUVELLES

*** Ont été inaugurés pendant la dernière
quinzaine :

Le samedi 21 octobre, à Paris, à la Cham-
bre de commerce anglaise, un buste du roi
Edouard VII, œuvre du sculpteur Bruce-Joy ;

Le dimanche 22 octobre, à Montbard (Gôte-
d'Or), un monument à la mémoire du sta-
tuaire Eugène Guillaume, de l'Institut, œuvre
du sculpteur Déchin et de l'architecte D.
Ghesquière;

Le même jour, à Nérac, un monument du
physicien Jacques de Romas, œuvre du
sculpteur Bacqué ;

Le même jour, à La Rochelle, la statue de
Jean Guiton, le maire qui défendit la ville
pendant le siège de 1628, œuvre du sculpteur
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