La chronique des arts et de la curiosité — 1911

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LA CHRONIQUE DES A HT S

complet sur l'imagerie populaire flamande. Cette
monographie est constituée principalement par
l'histoire de la fabrication de Turnhout, l'Epinal
belge : M. Emile van Heurck et le Dr G.-J.
Boekenoogen nous ont donné un tableau com-
plet de L'activité de cette fabrique avec le catalogue
descriptif et critique de toutes ses productions
connues. Ils ont joint à cette histoire — et ce n'est
pas la partie la moins intéressante de leur ouvrage
— un aperçu des autres imageries européennes,
où la France, avec Epinal, Chartres, Douai, Lille,
Metz, Nancy, Nantes, Rouen, Amiens, Cambrai,
Paris, Toulouse, Avignon, tient dignement sa
place à côté de la Hollande, de l'Angleterre, de
l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie, de la Suède
et de la Russie. M. Lucien Descaves a écrit pour
ce chapitre spécial une importante notice sur le
fameux graveur d'Epinal François Georgin. Enfin,
une table méthodique permet au lecteur de retrou-
ver et de comparer entre elles les différentes inter-
prétations d'un même motif dans les diverses
fabriques.

On voit par là quelle abondante et précieuse
source de renseignements constitue cet ouvrage.
La valeur et l'intérêt s'en trouvent encore accrus
par l'abondance des gravures (au nombre de 3G0)
dout 145, imprimées en noir dans le texte, ont été
tirées sur les anciens bois originaux et dont 14
autres, coloriées, sont des images authentiques
qu'apprécieront vivement tous les amateurs.

A. M.

NECROLOGIE

Le doyen des peintres français, le paysagiste
Charles-Louis Gratiâ, qui avait été admis à la
maison de retraite de Monlignon, vient d'y mourir
à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans. Il avait fait
partie dans sa jeunesse de l'école de 1830, dont il
avait personnellement connu les maîtres les plus
illustres. Il s'était ensuite adonné au portrait et
avait exécuté en Angleterre, où il s'était installé
après 1848 et où il était resté plusieurs années, des
portraits de souverains et de hauts personnages.

Le plus célèbre des peintres hollandais moder-
nes, Josef Israëls, est mort le 12 août à La Haye,
à l'âge de quatre-vingt-sept ans. Il était né à Gro-
ninguo le 27 janvier 1824. Fils d'un changeur
israélite qui voulait en faire un rabbin, il com-
mença par étudier pendant plusieurs années la
langue hébraïque, puis son père le prit avec lui à
son comptoir. Mais la vocation artistique du jeune
homme eut le dessus, et il obtint d'aller étudier à
Amsterdam, dans l'atelier de Cornelis Kruseman;
il alla ensuite à Paris, où il fut pendant deux ans
l'élève de Picot. Rentré en Hollande, il peignit
d'abord, dans le goût de son époque et des maîtres
qu'il avait étudiés, des anecdotes d'histoire et des
scènes romantiques: Hamlet et sa mère, Guil-
laume le Taciturne et Marguerite de Parme,
Maurice de Nassau devant le cadavre de son
2)ère. Un séjour qu'il fit dans le village de pê-
cheurs de Zandvoorr, où il s'était rendu en 1848 à
la suite d'une maladie, dégagea son originalité en
lui révélant la nature hollandaise et la vie des
humbles, qu'il devait désormais chérir d'un amour
infini. Il se mit à retracer, avec une vision et une

manière de plus en plus larges, sans aucune pré-
tention littéraire, mais au contraire avec une sen-
sibilité mâle et profonde et une poésie pleine de
grandeur, où Rembrandt, semble-t-il, lui servit
de modèle, l'existence des pêcheurs, des marins,
des femmes du peuple aux champs ou à leur
foyer. Il est pour ainsi dire, en peinture, par la
vision et par le co3ur, le frère d'âme de J.-F.
Millet et de Constantin Meunier. Rappelons, parmi
ses œuvres les plus connues : Repas frugal, Mai-
son tranquille, Veille de séparation, Le Cordon-
nier, Le Berceau, Intérieur d'un orphelinat à
Katwyk, Seul au monde, la Femme du pêcheur
du musée d'Amsterdam, etc.

Israëls était membre de l'Académie des Beaux-
Arts ;de La Haye et, depuis 1903, membre corres-
pondant de notre Académie des Beaux-Arts. Il avait
recueilli dans les Expositions universelles, les plus
hautes récompenses, et notamment, chez nous,
une troisième médaille en 1867, une médaille de
lre classe en 1878 et deux grands prix, l'un en 1889,
l'autre en 1900. Il était officier de la Légion d'hon-
neur.

TRIBUNAUX

LES REPRODUCTIONS DE L' « ANGELUS »

Un commerçant parisien ayant reproduit sur
des cartes postales VAngélus de Millet modifié
réclamait 20.000 francs de dommages-intérêts à un
autre commerçant qui, disait-il, avait contrefait
son travail.

Au cours des débats, l'un des fils de l'auteur de

Y Angélus, M. Charles Millet, est intervenu et a
réclamé « à son profit, le droit de veiller à ce que

Y Angélus ne soit pas représenté dénaturé ».
M. Charles Millet a conclu à ce qu'il fût fait défense
aux deux commerçants de publier leurs reproduc-
tions.

Après plaidoirie, le tribunal a rendu le jugement
que voici :

« ...attendu qu'il est de l'intérêt supérieur du
genre humain que toute œuvre soit protégée et
maintenue telle qu'elle est sortie de l'imagination
de son auteur, puis transmise ainsi à la postérité
sans avoir à souffrir du fait d'hommes plus ou
moins bien intentionnés à son égard, soit qu'ils
obéissent à certaines modes passagères de l'esprit,
soit qu'ils agissent en vue d'un certain lucre » ;
et attendu que Y Angélus a été maquillé et déna-
turé par la reproduction, défense est faite aux deux
commerçants, qui sont condamnés aux frais du
procès, de « fabriquer, vendre ou mettre en vente
des représentations de Y Angélus de Millet, et ce,
sous une astreinte de 20 francs par chaque contra-
vention ».

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MOUVEMENT DES ARTS

Orfèvrerie allemande provenant de 1 ancienne
collection de feu M. le baron Garl Mayer
de Rothschild, de Francfort, et appartenant
à Mne la princesse de X...

Vente faite à la galerie G. Petit, les 12 et
13 mai, par M8 Lair-Dubreuil et MM. Mannheim
et Léman.

Orfèvrerie. — 1. Monstrance en argent doré ;
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