Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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GRAVELOT

e xyme siècle est le siècle de la vignette.
Ce temps, qui orna tout de l'amabilité
de l'art, qui éleva le joli au style et ré-
pandit ce style dans les plus petites
choses de ses entours, de ses usages, cle
ses habitudes; ce temps, qui appliqua
la main du dessinateur et du graveur
juscpi'au décor du moindre bout cle pa-
pier, de ces mille petites feuilles vo-
lantes qu'une société se passe de main
en main : adresses, cartes, invitations,
billets cle faire part, factures de mar-
chands, passe-ports, contre-marques de théâtre; ce temps, qui ne voulait
pas un seul imprimé sans y trouver un plaisir pour l'œil, le xvme siècle
devait naturellement dépenser, pour l'embellissement et l'égayement du
livre, un génie, une imagination, un goût nouveaux et sans exemple.
Aussi le règne de Louis XV est-il le triomphe de ce qu'on appellera plus
tard « l'illustration ». L'image remplit le livre, déborde dans la page,
l'encadre, fait sa tète et sa fin, dévore partout le blanc : ce ne sont que
frontispices, fleurons, lettres grises, culs-de-lampe, cartouches, attri-
buts, bordures symboliques. Bien peu d'ouvrages osent se présenter
sans cette recommandation et ces tableaux du texte, qui vulgarisent et
font circuler dans la lecture la grâce artistique de l'époque. Éditeurs,
imprimeurs, auteurs luttent à qui chargera ses éditions cle plus d'ima-
ges, les enjolivera cle plus de tailles-douces. C'est le succès, l'excuse
ou le pardon de tout ce qui paraît; c'en est quelquefois le prétexte et
l'idée, et la gravure dicte le livre, comme ce paquet d'estampes envové
à Duclos pour lui faire écrire le conte à'Acajou. Le moment arrive où
Tépigramme contre le plus illustré des écrivains, Dorât, qu'on accuse
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