Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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INGRES

SA VIE ET SES OUVRAGES

(suite1.)

elui qui admire une œuvre d'art n'imagine
guère, s'il n'est pas artiste lui-même, les
grandes et petites tribulations par lesquelles
a passé l'auteur avant d'arriver à la for-
mule dernière de sa pensée. Il y a dans la
Stratonice tel geste qui a été vingt fois re-
pris, corrigé, surchargé, jusqu'à ce que, sans
être violent et outré, il fût d'une vérité
frappante, énergique et mémorable. Le bras
droit de YAntiochus, par exemple, a pris successivement toutes les
variantes de la position qu'il a aujourd'hui, et il a parcouru tout
un demi-cercle de repentirs, parce que le peintre avait voulu que ce
bras plié et levé exprimât la crainte qu'avait le jeune homme qu'on
ne découvrît son émotion, et fît le geste qui, au lieu de cacher
l'amour d'Antiochus, devait précisément le trahir. L'autre bras, perdu
dans la mollesse des coussins, et dont la main seule est visible, a
été dessiné de bien des manières avant que l'artiste s'aperçût « qu'il
n'en fallait pas, » comme il disait lui-même aux pensionnaires de
Rome. La draperie de Séleucus, dont la teinte rouge cornaline est
contiguë à la teinte orange de la couverture et forme un accord par ana-
logie, cette draperie, dis-je, a été longtemps cherchée et obstinément
recherchée dans ses plis, parce qu'il fallait la faire contraster, au moyen
de cassures plus fermes et plus rares, avec la draperie du lit, qui devait

1. Voir dans les tomes XXII et XXIII de la Gci2elte des Beanx-Arls les livrai-
sons de1 juin, juillet, septembre et novembre 1867, et janvier -1868.
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