Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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taille du Romantisme. A aucun de ces maîtres, la Mort, complice de leurs
adversaires, n'a toléré les douceurs d'une vieillesse saluée par les applau-
dissements de la foule définitivement conquise, entourée du respect des
élèves, récompensée par la maturité d'une moisson difficile. Subissent-ils
ces lois mystérieuses qui imposent à toute idée qui devra lutter contre
un ordre établi un dénoùment laborieux? Sont-ils des martyrs témoi-
gnant par leurs actes et par leur destin que dans les sociétés nouvelles
le sort de l'Artiste sera une lutte incessante contre l'isolement, contre
le mercantilisme, contre des préoccupations exclusivement scientifiques
et politiques? Je ne sais, mais les faits sont frappants. Gros, navré peut-
être d'avoir trahi sa mission, appelle, il est vrai, la mort à lui, mais son
élève Bonington, cette fleur anglaise qui vint s'épanouir en France et éclai-
rer notre école renaissante, s'éteint à vingt-six ans. Decamps, un robuste
ouvrier, est frappé à cinquante-sept. Eugène Delacroix n'en a pas soixante-
cinq lorsqu'il s'arrête épuisé. Enfin Théodore Rousseau, qui semblait taillé
sur le modèle de ces chênes dont personne n'a si bien que lui fait sentir la
saine vitalité, Théodore Rousseau est terrassé à moins de cinquante-six ans !
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