Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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CORRESPONDANCE DE LONDRES.

LECTURES SUR LA SCULPTURE DE L'ACADÉMIE ROYALE.

Londres, 20 février 18G8.

a Chronique, dans son n° du Ier décembre dernier, annonçait que M. West-
macott allait commencer une série de « Lectures » sur la sculpture. Un
artiste qui parle de son art, surtout lorsqu'il y tient la première place dans
son pays, est toujours bon à entendre, et notre désir était grand de donner
aux lecteurs de la Gazette un aperçu des idées du maître. Malheureusement les salles
de l'Académie royale ne sont pas publiques ; les élus, les élèves ont seuls le droit d'aller
s'y initier à l'enseignement, à l'histoire et aux traditions de l'art. Nous étions donc fort
embarrassé, car un correspondant doit avoir les yeux et les oreilles partout, même et
surtout où cela est défendu; l'amabilité d'un des élèves de M. Westmacott. nous a
permis de remplir nos devoirs en conscience; M. J. Potter a bien voulu prendre quel-
ques notes à notre intention. Nous ne changerons rien à son travail et nous nous
contenterons de le traduire fidèlement.

Pendant les mois de novembre et de décembre, le cours annuel de sculpture a été
fait à l'Académie par le professeur M. Westmacott. Après quelques remarques sur l'im-
portance de l'instruction en général pour l'artiste, et sur l'utilité des lectures comme
complément de l'enseignement pratique des écoles, M. Westmacott a donné une
esquisse de l'histoire de la sculpture, et en a déduit divers principes propres à guider
les élèves.

En tant qu'art, dans le sens élevé du mot, on peut dire que la sculpture grecque
remonte environ à l'an 450 av. J.-C. La sculpture antérieure des Grecs, de même que
celle des Égyptiens et des Assyriens est importante sous bien des rapports, mais elle
n'atteignit pas ces qualités qui constituent le bel art {fine art) avant l'époque ci-dessus
indiquée. Elle fleurit pendant deux cent cinquante ans, et peut être divisée en trois
grandes écoles : celle de Phidias, que l'on a appelée l'école des dieux, remarquable autant
par la grandeur des conceptions que par la beauté dans les formes; celle de Praxitèlé,
qui caractérise une beauté voluptueuse et 'qui, moins sublime, est en quelque sorte
plus sensuelle que la première; celle de Lysippe enfin, qui tend à l'expression outrée et
au mouvement exagéré. C'est avec elle que l'art commence à décliner. La conquête de
la Grèce par les Romains survint alors, et les artistes grecs, ne trouvant plus à être em-
ployés dans leur propre pays, émigrèrent en Italie, ils y apportèrent avec eux les tradi-
tions des grandes écoles, et, sous l'influence d'un patronage éclairé, produisirent des
œuvres importantes. A Rome, l'art fut toujours exotique, il n'y était pas encourage
pour lui-même, mais plutôt comme un appendice nécessaire du luxe; il n'y était pas
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