Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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LES GRAVEURS TROYENS

RECHERCHES SUR LEUR VIE ET LEURS ŒUVRES

PAR M. CORRARD DE BRKRAN
Président honoraire du tribunal de Troyes.

es générations qui nous suivent ne se plaindront pas que nous n'ayons
pas travaillé à leur intention, car dans l'ordre des études historiques
et archéologiques, particulièrement en ce qui concerne les arts, nous
avons beaucoup plus fait pour elles que nos pères n'avaient fait pour
nous. S'il est possible quelque jour de résumer dans un grand et beau
livre l'histoire des arts en France, nous le devrons surtout aux explorations et à la
sagacité des nombreux dilettanti qui ont dépouillé les archives et consulté les chroni-
ques locales, et qui, par amour pour leur province, ont mis en lumière les artistes
qu'elle avait produits, et les documents oubliés ou inédits se rattachant, aux travaux de
ces artistes, peintres, sculpteurs, graveurs ou architectes.

Chaque année nous apporte un contingent nouveau de travaux utiles, intéressants,
et faits avec ces soins délicats que permettent les loisirs de la vie de province et le
calme dont on y jouit. Hier c'était M. Émile Michel, vice-président de l'Académie de
Metz, qui publiait une élude pleine de faits, d'appréciations judicieuses et de bons
aperçus, touchant le Musée de peinture de Metz; aujourd'hui c'est M. Corrard de
Rréban qui s'occupe des Graveurs Troyens, et fait imprimer, sous ce titre, des recher-
ches curieuses sur la vie et les œuvres de ces graveurs, avec des fac-similé de leurs
marques et monogrammes.

Les graveurs font en général la réputation des autres beaucoup plus que la leur, et
puisqu'ils ont passé leur vie à illustrer les grands maîtres, c'est justice de les illustrer
à leur tour. L'idée de faire un livre sur les graveurs troyens était d'autant meilleure,
que la ville de Troyes a été une pépinière de bons graveurs qui, sans être de premier
ordre, ont tous été fort habiles, sans parler des deux Mignard et de Philippe Thomassin,
qui ne sont pas très-loin du premier rang, surtout Nicolas Mignard, qui était bien un
Troyen de pur sang, bien qu'on l'appelât Mignard d'Avignon, parce qu'il s'était marié
dans cette ville.

« Je viens protester aujourd'hui, dit M. Corrard de Bréban, au nom d'une classe
tout entière d'artistes troyens qui n'ont pas chez leurs compatriotes la notoriété que les
étrangers ont dès longtemps accordée à leurs œuvres et à leur talent. Je veux parler
des représentants de la gravure. Il serait difficile dejustifler cette indifférence. Si l'on con-
sidère l'art en lui-même, quoi de plus charmant? Quelle source de vives et pures jouis-
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