Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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LA GALERIE DE SAN DONATO

o numéro de la Gazette des Beaux-Arts était presque terminé lorsque
M.Francis Petit nous procura les moyens de voir les vingt-trois tableaux
qui proviennent de la Galerie de San Donato. Comme on le pense bien,
nous profitâmes de l'occasion qui nous était offerte, et de cette visite nous
sortîmes si émerveillé, que notre première pensée fut d'arrêter le travail des presses
pour entretenir nos lecteurs des peintures qui avaient excité en nous une si vive
admiration. De semblables merveilles demanderaient, sans nul doute, plus de temps et
d'espace que nous n'en avons, exigeraient une étude préparée de longue haleine, expli-
quée par des illustrations superbes, la répétition, en un mot, de ce que nous avons
fait, il y a trois ans, pour la Galerie Pourtalès. Malheureusement, les circonstances ne
le veulent point; cette vente a été décidée si tard, qu'au moment même où il nous
est permis de voir ces tableaux célèbres, l'imprimeur réclame impérieusement nos
feuillets au fur et à mesure que nous les terminons. Ce n'est donc pas sans motif que
nous demanderons l'indulgence pour des lignes trop rapidement écrites, mais qui
du moins auront l'avantage de convier nos lecteurs en temps utile à l'examen d'ou-
vrages admirables qui, hier, n'étaient point visibles, et qui, demain, seront dispersées
dans les plus riches musées de l'Europe.

Comme trop d'autres collections modernes, la Galerie San Donato n'a point été
formée dans un esprit de négoce. En la créant, le prince Demidoff n'avait d'autre
préoccupation que de réunir des toiles sans rivales, qui devaient la placer au-dessus
de toutes les collections privées. Fondée il y a trente ans, alors qu'il était encore pos-
sible de trouver des chefs-d'œuvre, elle renferme nombre de morceaux qui ont illustré
les galeries Van Leyden, Talleyrand, Lalive de Jully, Gaillard, de Gagny, Bandon de
Boisset, de Choiseul, Bobit, Nieuwenhuys, Lafitte... et surtout celle de la duchesse de
Berri. Aussi peut-on affirmer, sans crainte d'être démenti, que cette Galerie compte
autant de perles précieuses que de toiles. Des vingt-trois tableaux qui la composent,
il n'en est pas un qui, par son extrême beauié et sa conservation parfaite, ne puisse
entrer dans un musée national pour y figurer avec honneur. Tous sont des œuvres
exceptionnelles, dues au pinceau des artistes qui portèrent le plus haut la gloire des
écoles hollandaise et flamande. Bubens, Bembrandt, Paul Potter, Buysdaël, Ostade,
Hobbema, Terburg, Teniers, Cuyp, Metzu, y sont représentés avec des toiles magistrales,
qui, placées à côté des chefs-d'œuvre du Louvre, auraient encore beaucoup de choses
à nous apprendre. Mais nous n'avons pas le temps de bavarder longuement sur le seuil
de cette galerie, où il faut nous hâter d'introduire le curieux, pour lui signaler les
tableaux qui, à l'exposition, devront le plus fixer son attention.

Les deux grands maîtres qui ont valu aux écoles du nord leur renommée immense,
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