Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 24.1868

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DAVID WILKIE

(suite et fin 1.)

ne œuvre qui restera à jamais un des plus
touchants titres de gloire de Wilkie vint
bientôt mettre à sa renommée le sceau
définitif : nous voulons parler du Violon
aveugle qu'il exposa en 1807. Cette toile
était précisément celle qu'il destinait à
enrichir le cabinet de Sir George Beau-
mont. Ordinairement, les seconds ouvra-
ges sont ceux qui tombent, ceux du
moins qui subissent le plus violent assaut,
ceux dont le public inconstant naturelle-
ment se détourne et que dès lors la malignité traque à son gré. Ici,
rien de tel. La stupéfaction aidant, il fallut bien voir les choses dans
leur vrai jour, reconnaître la supériorité de la nouvelle œuvre, con-
stater l'évidence. Ce nouveau succès fut l'équivalent d'un sacre ou à
peu près. Ce furent de véritables acclamations qui s'élevèrent de
toutes parts, — une tempête de hurrahs. Mais aussi quelle grandeur
en cette élégie traitée, il faut le dire, à la façon épique! Unité d'effet,
dessin subtil, châtié même, pénétrante harmonie, tout est là : c'est
un morceau de maître. Et qui ne se sent ému, gagné par ce mélange
d'onction et d'espièglerie, de bouffonnerie et de pitié? Il semble qu'une
vibration imperceptible se soit à l'origine communiquée de l'archet
aux personnages et des personnages se transmette au spectateur. De
gré ou de force, on entre en ce cadre —- comme en tous les bons
cadres — et le critique lui-même consent à faire partie de la composi-
tion. Il s'y oublie, il s'y installe, heureux d'entendre le chœur des pres-
tesses et des austérités se fondre en un accord plein de justesse. Il s'y

1. Voir le numéro de janvier.

XXIV.

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